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Identité, colère, peur et espoir poussent les Roumains aux urnes

En Roumanie, les élections européennes de 2024 reflètent une montée des partis politiques poussés par la colère. Les extrémistes gagnent du terrain sur fond de mécontentement, tandis que les partis traditionnels peinent à aborder les questions complexes qui traversent la société roumaine. La politique identitaire et la peur dominent.

Publié le 3 avril 2024 à 13:39
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À bien des égards, les élections européennes de 2024 en Roumanie reflètent ce qui s'est passé lors des dernières législatives, voilà quatre ans. Mais il y a quelques différences en termes d'acteurs politiques, en particulier pour ceux qui contestent le statu quo. En l'absence d'un grand enjeu autour duquel les électeurs pourraient se rallier ou contre lequel ils pourraient se mobiliser, la campagne actuelle est davantage animée par la colère, la peur – mais aussi par une touche d'espoir. Pour mieux comprendre, faisons un bref retour sur ce qui s'est passé depuis 2020.

La colère face au pouvoir des sociaux-démocrates (Parti social-démocrate, PSD) a été une motivation majeure pour les électeurs en 2020, conduisant à des progrès significatifs au Parlement pour les partis qui ont capitalisé sur cette colère. L’Union sauvez la Roumanie (USR, centre droit) a remporté 15,5 % des voix, tandis que le parti d'extrême droite Alliance pour l'unité des Roumains (AUR) a fait une percée remarquable, passant de 1 % à 9 % des voix en quelques mois.

Ainsi, à la fin de cette première année de pandémie, les sociaux-démocrates ont été écartés du pouvoir après sept ans de domination presque totale. La plupart des gens pensaient qu'il s'agissait d'un triomphe pour les réformateurs et d'un nouveau départ en vue d'un changement significatif. Mais ce qui était essentiellement un vote de protestation n'a pas impressionné Klaus Iohannis, le président libéral de la Roumanie.

Après un bref passage au pouvoir dans une coalition avec le Parti national libéral (PNL, centre droite) et l'Union démocrate magyare de Roumanie (UDMR, minorité hongroise) de centre-droit, l'USR a été brutalement évincée du pouvoir après seulement neuf mois, lorsque Iohannis a décidé d'exploiter les tensions au sein de la coalition pour forcer le PNL à gouverner avec ses adversaires sociaux-démocrates. Cette décision était en contradiction flagrante avec ce pour quoi la majorité des Roumains avaient voté.

Il s'agissait d'une manœuvre décisive, qui a envoyé dans l'opposition le seul parti pro-européen authentiquement réformateur, dépeint comme incapable de gouverner. Le décor était planté pour que le vote de protestation se réoriente vers le seul “nouveau” parti anti-establishment  – le parti nationaliste-extrémiste AUR. Depuis lors, celui-ci n'a cessé de progresser, passant de 9 % à plus de 20,6 % dans les sondages (INSCOP, mars 2024). Il occupe désormais la deuxième place derrière l'alliance PSD-PNL, talonné par une USR en perte de vitesse, qui recueille 13,7 % des intentions de vote au sein d'une petite alliance de partis de centre-droit.

Le vote de protestation alimente également un autre parti, SOS Roumanie, plus extrême et ouvertement pro-russe, qui attire 6,4 % des voix selon les derniers sondages. Dans l'ensemble, sur les 42 % de Roumains qui souhaitent un changement, les deux tiers penchent pour les partis extrémistes. Plus de 70 % des Roumains pensent que le pays va dans la mauvaise direction, selon un autre sondage INSCOP, et 60 % des Roumains disent que leur situation est pire qu'il y a 5 ans.

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