Le mauvais calcul d’Helsinki

En demandant à la Grèce de garantir le prêt qu’elle recevra pour l’aider à rétablir ses finances, la Finlande créé un précédent dangereux en Europe pour des raisons purement électorales, déplore le Helsingin Sanomat.

Publié le 26 août 2011 à 13:16

Le désordre créé par les garanties sur les prêts demandées à la Grèce constitue une exception majeure à la traditionnelle attitude finlandaise au sein de l’Union [Helsinki a obtenu que la Grèce verse des garanties financières en échange de sa participation au plan de sauvetage]. La confiance accordée à la Finlande, les compromis faits par elle, et son image de bâtisseuse et partisane de la communauté qu’elle s’était forgée, tout cela est mis à mal.

Envisager une vengeance des autres pays de l’UE sur le terrain politique ou économique est peut être une crainte inutile, mais sur la scène internationale, il est important de savoir comment les actions de chacun sont interprétées par les autres. La Finlande a perdu sa position de force : son poids a diminué et son habileté à promouvoir ses propres ambitions s’est réduite. Ce n’est pas seulement un coup porté à son image, mais aussi à sa capacité de négociation.

Quand le Premier ministre, Jyrki Katainen (Parti de la coalition nationale, conservateur) se rendra aux sommets européens pour expliquer les objectifs de la Finlande, il sera pour longtemps considéré comme le représentant d’un pays qui prend ce qui est bon et laisse le reste. La ministre des Finances, Jutta Urpilainen (sociale-démocrate) sera considérée comme celle qui fait passer les intérêts de son pays avant ceux de l’ensemble de la zone euro.

Bien sûr, parfois, une ligne dure, égoïste et qui ignore tous les autres points de vue peut être défendue par un pays s’il s’agit d’un intérêt national majeur. Mais cette fois-ci, la ligne a été uniquement choisie pour des raisons politiques internes à court terme. Il s’agissait de promettre quelque chose pour satisfaire le peuple pendant la campagne électorale et la formation du gouvernement [au printemps dernier] afin d’éviter que les Vrais Finlandais [le parti populiste anti-européen] ne remporte une victoire.

On peut donc imaginer l’état d’esprit des ministres finlandais pendant les négociations avec la Grèce : d’un côté la raison et la justesse, de l’autre la politique. Dans cette situation, il est possible qu’obtenir des garanties de prêt soit finalement ce qui pouvait arriver de mieux. Mais cela ne correspond pas aux exigences d’unité de l’Union européenne. La réponse de l’Europe était attendue : cela ne fonctionne pas.

Moins enthousiaste au sujet des garanties de prêt, le Parti de la coalition nationale ne peut pas aisément modifier sa position car cela enflammerait les relations avec les Sociaux Démocrates (SDP) et affaiblirait le Premier ministre. Katainen a en effet exigé des garanties, y compris au sommet.

Maintenant que la Chancelière allemande, Angela Merkel, a rejeté l’accord entre Helsinki et Athènes, le gouvernement a le temps de choisir une alternative. Il est cependant impossible pour la Finlande de se retirer du soutien financier apporté à la Grèce, car cela ouvrirait la porte à d’autres pays qui ne souhaitent plus participer pour des raisons de politiques intérieures. Il est difficile de reculer quand cela représente un revers politique à la fois au niveau national et international.

Opinion

Du danger de faire cavalier seul

La Finlande doit décider si elle veut s’investir au niveau européen ou rester sur la touche. Les responsables politiques, eux, doivent clarifier la façon dont les intérêts du pays seront servis en choisissant une option ou l’autre. Les hommes politiques doivent arrêter de suivre aveuglement les chemins tracés par les populistes et expliquer clairement les raisons pour lesquelles rester au sein d’une équipe est la meilleure option.

L’avenir de l’Union européenne ne dépend pas de ses organisations distantes et apparemment effrayantes, mais plutôt des Etats membres et de leurs responsables politiques. La Finlande en est un bon exemple. Nous sommes en danger si nos responsables se réfugient dans des questions secondaires telles que les garanties apportées par la Grèce, et ne s’engagent pas à défendre l’idée que le bien-être de chaque Finlandais est complètement dépendant de ce qui se passe dans le reste du monde, et qu’agir seul aujourd’hui nous fera échouer demain.

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