Décryptage La Pologne et l’Europe

Le “Polexit” n’est pas encore pour demain

Le Tribunal constitutionnel polonais, aux mains du gouvernement, a rejeté la suprématie juridique de l’UE, faisant ainsi planer l’ombre d’un “Polexit”. Pourtant, cet acte pourrait réveiller le camp pro-européen et pourrait mener à la perte de ceux qui l’ont initié.

Publié le 14 octobre 2021 à 12:32

La Pologne, l’un des pays les plus pro-européens, ploie désormais sous la menace d’une sortie de l’Union européenne. Le retour de Donald Tusk sur la scène nationale n’a fait que renforcer la division qui sera désormais étudiée sous l’angle d’un potentiel Polexit.

D’un point de vue légal, le Polexit, contrairement au cas du Royaume-Uni, pourrait se passer de référendum. Une décision du gouvernement suffirait à initier un divorce formel. A la fin de l’été, plusieurs têtes d’affiche du parti au pouvoir Droit et justice (PiS), avaient tenu des déclarations suggérant un parallèle entre la résistance de la Pologne envers Bruxelles et sa résistance envers les nazis et le régime communiste. Les dirigeants ont cependant rapidement nié que cela avait été dans leur intention. La situation est redevenue critique la semaine dernière, lorsque le Tribunal constitutionnel, contrôlé par le PiS, s’est prononcé en faveur du rejet de l’autorité de l’Union européenne sur le système judiciaire polonais.

Le pays s’embourbe désormais dans une guerre verbale sur son avenir dans l’UE. Donald Tusk s’est servi de cette opportunité pour mobiliser des centaines de milliers de manifestants dans les rues de plus de 100 villes et villages dans tout le pays. Pendant ce temps, le gouvernement PiS tente désespérément de s’accrocher au pouvoir en passant des alliances avec l’aile droite radicale de sa coalition. Cela se produit dans le sillage de plusieurs événements politiques à la tournure désastreuse, notamment des scandales de népotisme, des audits publics exposant une corruption politique, la perte d’un partenaire de coalition minoritaire et un manque d’étanchéité de la frontière avec la Biélorussie. 

En prenant un virage à droite, Jarosław Kaczyński, le chef du PiS, espère reprendre le contrôle sur toute l’aile droite du spectre politique polonaise. Dans le même temps, il compte probablement sur la capacité du Premier ministre, Mateusz Morawiecki, à trouver des subterfuges budgétaires, ce qui permettrait au PiS de continuer à diriger le pays, alors même que les fonds promis par la Commission européenne restent suspendus.

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Dans tous les cas, c’est l’épreuve de la dernière chance pour Jarosław Kaczyński. Si le PiS perd les élections, il en sera fini de sa carrière politique. Il fait donc tout ce qui est en son pouvoir pour retarder ce moment. Son némésis, Donald Tusk, pourrait bien être revenu sur la scène politique polonaise au moment opportun après plusieurs années d’absence. Tusk est actuellement en train de reconstruire son camp et de bâtir sa stratégie en ciblant les points faibles de Kaczyński.

Les Polonais veulent un gouvernement efficace, à même de maintenir sécurité et prospérité. La perspective d’un Polexit ne fait ainsi l’unanimité dans aucun secteur de la société, à l’exception d’un tout petit groupe de la droite libertaire. L’opinion publique attend également de recevoir très prochainement les fonds de l’UE, durement obtenus  par le Premier ministre. L’UE exige cependant de la Pologne qu’elle modifie d’abord ses lois judiciaires controversées et tire au clair le statut…

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