Elections européennes 2014

“L’euroscepticisme va-t-il devenir la nouvelle règle ?”

De la France au Royaume-Uni, en passant par le Danemark, la Grèce ou l’Autriche, le scrutin est marqué par l’avancée des partis eurosceptiques dans plusieurs pays. Un signal de rejet de la politique européenne telle qu’elle a été menée jusqu’à présent, note la presse européenne.

Publié le 26 mai 2014 à 12:36

Le nouveau Parlement apparaît plus fragmenté que l’assemblée sortante, avec une présence renforcée des petits partis, reflet des divisions de l’opinion publique européenne.

Le Parlement européen est en passe de devenir plus broyant, moins gérable, plus confus et un interlocuteur plus difficile pour négocier, en conséquence des élections européennes”, écrit Quentin Peel dans le Financial Times. L’éditorialiste britannique estime que

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une poussée du soutien pour les partis populistes anti-européens à droite et à gauche dans des pays comme le Royaume-Uni, la France et la Grèce va laisser cette assemblée de 751 eurodéputés sans une majorité claire d’un côté ou de l’autre du spectre politique. Des semaines de querelles politiques semblent inévitables, pendant que les nouveaux députés vont se battre pour former des alliances avec d’étranges compagnons de chambrée, et les partis principaux vont se battre pour former une majorité afin de déicider qui sera le prochain président de la Commission européenne. Il pourrait y avoir un blocage prolongé entre le Parlement et le Conseil européen, où les dirigeants des 28 Etats membres se rencontrent pour décider du successeur de José Manuel Barroso à ce poste.

Alors que le Parti démocrate du président du Conseil Matteo Renzi enregistre un score record, avec plus de 40% des voix, dans les autres pays, “ce n’est pas le ‘vote de protestation’ annoncé par les sondeurs, et peut-être pas non plus le ‘choc salutaire’ évoqué par [l’ancien président de la Commission européenne, Romano] Prodi. C’est quelque chose de plus”, écrit Aldo Cazzullo dans le Corriere della Sera :

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on se rappellera des élections de 2014 comme de la défaite historique d’un système politique. L’éclipse des partis traditionnels. Le rejet de l’establishment européen. Le résultat d’hier indique deux choses. L’Europe a donné la mauvaise réponse à la crise. Le monde entier a réagi à l’éffondrement industriel et financier avec une politique d’expansion et d’investissements ; seule l’Europe menée par l’Allemagne a suivi la politique des coupes et de la rigueur, appauvrissant tous les pays sauf l’Allemagne. […] Le vote confirme une tendance diffuse bien au-delà du continent : le signe de notre temps est la révolte contre les élites, contre les institutions, contre les formes traditionnelles de représentation. Et l’Europe est perçue comme le fondement et le garant de ces élites contre lesquelles on se rebelle.

Un revers pour la Plate-forme civique”, titre Gazeta Wyborcza, à propos des Elections européennes. Alors que les résultats définitifs n’étaient pas encore connus au moment du bouclage, les deux principaux partis, la Plate-forme civique du Premier ministre Donald Tusk et le parti Droit et justice (opposition) ont tous deux 19 sièges au Parlement européen. De manière surprenante, [note] le quotidien, le parti anti-européens Congrès de la nouvelle droite (KNP) a fait son entrée au Parlement européen, en passant la barre des 7 %. Selon Gazeta, les résultats des partis populistes et d’extrême droite aux européennes de par le continent pourraient avoir des répercussions sur le long terme sur la politique européenne :

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Même si l’eurosceptiscisme radical ne devrait pas secouer brutalement le fonctionnement de l’UE, il pourrait, malheureusement devenir un virus qui infecte les autres. Le populisme et l’hystérie sur les “vagues d’immigrés” et “l’omnipotent Bruxelles” et les demandes d’un Etat national fort […] pourraient devenir plus populaires parmi les autres partis, spécialement s’ils veulent conquérir les électeurs eurosceptiques.

Elle avait beau être annoncée, la victoire du Front national”, qui devient le premier parti du pays, avec plus de 25% des voix, “reste un choc qui va ébranler la France et l’Europe”, écrit Libération. Pour le quotidien de gauche français,

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l’onde de choc créée par le FN dépasse les frontières. Ses résultats, accompagnés par les bons scores d’autres partis europhobes au Danemark, en Autriche ou au Royaume-Uni, constituent une menace réelle pour l’idée européenne. Le virus qui contamine la France depuis des années risque de se diffuser dans une Union où la colère contre les politiques de rigueur se fait plus sourde, où la peur de l’étranger ne cesse de grandir. Seule la capacité des partis démocrates à parler à ce peuple en rupture démocratique peut espérer combattre le mal.

Pour Die Tageszeitung, c’est bel et bien “la crise de l’euro” qui est responsable de la montée du populisme en Europe. Le parti eurosceptique Alternative für Deutschland (AfD) obtient 7 sièges au Parlement européen. Créé en 2013, il réussit un tour de force, tandis que la plupart des autres partis perdent des électeurs. Le parti d’extrême-droite NPD obtient quant à lui un siège au Parlement européen. Selon la TAZ, le succès de l’AfD symbolise la transformation du milieu libéral. En Allemagne, il y a

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ceux qui gagnent mieux leur vie que d’autres. Ils sont las de la république multiculturelle. Ils n’ont aucune envie de payer pour les fainéants grecs. […] Il serait cependant naïf de croire que l’AfD se ruinera lui-même. Son succès peut plutôt être considéré comme une sorte de normalisation européenne. En Autriche et aux Pays-Bas, des partis populiste de droite se sont depuis longtemps substitués aux partis libéraux. L’euro-scepticisme, serait-ce donc [la nouvelle] norme européenne ?

Un grand bond pour le Parti du peuple danois”, titre le Berlingske, selon lequel le parti populiste de droite a obtenu 25 % des voix aux européennes, devenant ainsi le premier parti du pays. Malgré cela, le quotidien danois nourrit quelques doutes sur le réel pouvoir des partis eurosceptiques au Parlement européen :

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malgré leurs progrès, l’avancée des partis eurosceptiques est très signifiante essentiellement du point de vue électoral. La question est de savoir si la majorité pro-européenne pourra ignorer ce nouveau bond de l’eurosceptiscisme en Europe. Marine Le Pen a dit qu’elle veut détruire l’UE de l’intérieur. Mais malgré le triomphe du Front nationale, il reste à voir si Le Pen sera capable de rassembler suffisamment de pays pour former un groupe au sein du nouveau Parlement.

Au lendemain des élections européennes, Eleftherotypia titre “Syriza pour la première fois !”. La coalition de la gauche radicale d’Alexis Tsipras obtiendrait 27.6% devant le parti du premier ministre Antonis Samaras, Nouvelle démocratie (22,8%). C’est sans conteste une grande défaite, estime le quotidien, pour la coalition au pouvoir (ND-socialistes), qui perd 11 % par rapport à 2012 [”mais qui ne veut pas prendre le message”]. Le journal pointe aussi le score du parti néo-nazi Aube dorée (9,39 %) :

La troisième position du parti Aube dorée a entaché les élections, dans un contexte de la montée des eurosceptiques et des extrêmes-droites partout en Europe.

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