Mauvais anniversaire

Publié le 15 mars 2013 à 13:59

Ce 15 mars, cela fait deux ans jour pour jour qu’a commencé la contestation contre le régime syrien de Bachar El-Assad. Depuis, ce qui avait débuté comme un nouvel épisode du “printemps arabe” s’est transformé en une guerre civile qui a déjà fait plus de 70 000 victimes.

Et l’Europe n’est toujours par parvenue à adopter une position commune. Elle a certes imposé dès mai 2011 un embargo commercial (qui comprend la vente d’armes) ainsi que des sanctions visant des personnalités du régime — des sanctions qui ont été renforcées depuis. Mais il s’agit d’un compromis a minima, tant les positions des Etats membres sont éloignées. Et les appels répétés afin que Damas entame des négociations avec les représentants de l’Armée syrienne libre (ASL) n’ont eu aucun effet, pas plus que ceux adressés à Moscou afin qu’il cesse de soutenir politiquement et militairement Bachar El-Assad.

Pour des raisons stratégiques et diplomatiques, un engagement militaire terrestre de l’UE est exclu. Sur le terrain, justement, la situation paraît bloquée, aucune des parties ne semblant être en mesure de remporter une victoire définitive, alors que le régime, qui continue de recevoir des armes d’Iran et de Russie, sait que le temps joue en sa faveur. Et le massacre des civils se poursuit.

Dans ce contexte, si l’Europe souhaite que la situation évolue en faveur des rebelles — que de nombreux pays ont déjà reconnu comme gouvernement légitime de la Syrie — que le régime soit amené à négocier avec l’ASL, elle doit modifier le rapport de forces en faveur de cette dernière. Mais pour cela, elle devrait mettre fin à l’embargo sur les livraisons d’armes, comme l’ont demandé pour la première fois ce 14 mars le Premier ministre britannique et le président français.

Des assouplissements unilatéraux à l’embargo ont déjà été discrètement adoptés, mais plusieurs pays du Nord, à commencer par l’Allemagne, sont opposés à une levée totale. Ils craignent en effet, comme le rappelle Le Monde, que “les armes éventuellement livrées tombent aux mains de groupes djihadistes, susceptibles de les utiliser contre des minorités liées au régime, voire contre des intérêts occidentaux dans les pays limitrophes de la Syrie”.

Pourtant, il semble que quelque chose commence à bouger : à l’issue du Conseil européen des 14 et 15 mars, les dirigeants de l’UE ont demandé aux ministres des Affaires étrangères de réexaminer fin mars l’embargo sur les armes pour les rebelles. Londres souhaite qu’ils adoptent une position commune pour sa levée, mais Berlin a réaffirmé son opposition. Face à un nouveau blocage, Paris et Londres vont-ils rééditer le schéma libyen et prendre l’initiative seuls ? Cela pourrait faire basculer la situation en Syrie, mais cela donnerait un nouveau coup à ce qu’il reste de diplomatie européenne.

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