Idées Lettre ouverte aux dirigeants de l'UE et des Etats membres

“Nous avons besoin de Bons de Renaissance pour affronter la crise sanitaire et économique”

Dans cette lettre ouverte aux dirigeants européens et nationaux, plus de 1 500 économistes, universitaires et professionnels de toute l’Europe proposent une série de mesures urgentes en réponse à l’épidémie de Covid-19. Ils demandent également que l’UE crée un fonds commun qui émettrait des titres appelés "obligations européennes de Renaissance" pour aider les pays de l’UE à surmonter la crise.

Publié le 6 avril 2020 à 10:38

La propagation de Covid-19 a déterminé le plus grave bouleversement sanitaire et économique mondiale qui ait frappé le monde entier depuis la Seconde guerre mondiale. Les systèmes de santé, les familles, les individus et les entreprises de toute l’Europe ont besoin d’une aide urgente et massive. Les mesures nécessaires comprennent :

  • Fournir aux systèmes de santé les ressources nécessaires pour soigner les patients infectés et prévenir de nouvelles infections.

  • Fournir des allocations de chômage temporaire à tous les travailleurs qui vont perdre leur emploi.

  • Aider les familles et les personnes jeunes, âgées et handicapées à satisfaire les besoins supplémentaires résultant de la crise.

  • Fournir des subventions et des aides financières aux entreprises qui doivent cesser ou réduire leur production.

  • Financer le système éducatif pour mettre en œuvre l’enseignement à distance.

  • Financer les opérations des ONG dans leur rôle de soutien social.

  • Financer un plan d’investissement à l’échelle européenne sur les infrastructures et l’environnement capable de relancer de manière durable l’économie européenne.

La Commission européenne a débloqué 25 milliards d’euros et a suspendu les règles fiscales auxquelles sont soumis les pays de l’Union européenne. La Banque centrale européenne a finalement fourni un parapluie temporaire de 750 milliards d’euros. Il ne pouvait en être autrement mais, bien que nous apprécions ces efforts, nous pensons qu’ils ne sont pas suffisants. Un soutien fiscal extraordinaire d’un montant encore non quantifiable sera nécessaire, mais les Etats membres ne peuvent pas être laissés seuls à se débrouiller sur le plan fiscal.

Si tel était le cas, le fardeau de la dette nationale exploserait, quelle que soit la marge de manœuvre budgétaire actuelle. Les mesures budgétaires manqueraient donc de crédibilité, ce qui déterminerait des réactions de marché contre-productives qui augmenteraient les primes de risque, perturberaient les marchés financiers européens et – au sein de la zone euro – feraient peser une charge excessive sur la Banque centrale européenne : un remake des crises de la dette souveraine de 2010-2012 à une échelle incommensurable. Plus important encore, toute contrainte pesant sur la capacité d’un seul pays à lutter contre la pandémie et ses conséquences économiques constitue une menace pour les populations de tous les autres pays. Si cette grave urgence n’est pas correctement traitée, la santé et la vie de millions de citoyens seront menacées.

Nous sommes confrontés à un défi sans précédent à l’échelle de l’Union, nous avons besoin d’une stratégie sans précédent à l’échelle de l’Union.

C’est pourquoi nous nous associons pour encourager l’Union européenne à faire "tout ce qu’il faut" pour lutter contre la pandémie, soulager les souffrances des citoyens et soutenir l’économie dans tous les pays en jouant un rôle actif dans le financement, la coordination et la mise en œuvre des mesures nécessaires. En conséquence, nous demandons à l’Union européenne de faire tout ce qui est en son pouvoir pour lutter contre la pandémie, soulager les souffrances des citoyens et soutenir l’économie de tous les pays en jouant un rôle actif dans le financement, la coordination et la mise en œuvre des mesures nécessaires,

Nous proposons que les ressources nécessaires pour répondre aux urgences qui frappent tous les pays de l’Union européenne soient collectées dans un fonds commun et centralisé sous la responsabilité des institutions de l’Union (par exemple la Commission), en évitant une augmentation insoutenable des dettes nationales. Tout pays membre devrait avoir accès à ce fonds sur la base de besoins documentés et de plans cohérents convenus avec Bruxelles ; en cas de difficultés à prendre une décision, les ressources devraient être distribuées aux Etats membres en fonction de la proportion de leur population.

En ce qui concerne les moyens nécessaires pour créer le fonds, plusieurs propositions sont avancées. Dans la ligne d’autres appels auxquels nous souscrivons également, nous proposons d’émettre des euro-obligations, que nous suggérons d’appeler "European Renaissance Bonds" – Bons de Renaissance européenne. Ces obligations pourraient être adossées à une capacité fiscale commune ou à d’autres instruments financiers créés ad hoc, considérant que la crainte de l’aléa moral ne peut jouer aucun rôle dans les circonstances actuelles. En outre, nous soulignons que cette nouvelle dette commune n’impliquera aucune mutualisation des dettes souveraines existantes, mais ne concernera que les dépenses nécessaires pour faire face à l’énorme choc commun qui frappera tous les pays de l’UE. Si une volonté politique collective et un consensus se dégagent, aucun problème technique n’est insurmontable.

Après tout, pourquoi l’Union européenne a-t-elle été créée ? Pourquoi devrions-nous, citoyens européens, rester ensemble si nous ne sommes même pas capables d’apporter une réponse commune à la menace commune qui nous frappe ? Sans une réponse commune, l’avenir de la zone euro et de l’Union européenne seraient sérieusement menacé.

L’UE devrait transformer ces jours difficiles en une opportunité. Il est temps de prouver le vrai sens du long processus d’intégration qui a créé l’Union européenne et les institutions de la zone euro. Une action commune est maintenant nécessaire de toute urgence pour éviter un dommage irréversible.

Signez la lettre ici

Premiers signataires:

Tiziana Assenza (Toulouse School of Economics, France), Andrea Boitani (Università Cattolica, Milan, Italy), Sheila Chapman (LUMSA, Rome, Italy), Nicos Christodoukakis (Athens University of Economics, and LSE, UK), Fabrice Collard (Toulouse School of Economics, France), Paul De Grauwe (London School of Economics, UK), Pompeo Della Posta (Università di Pisa, Italy), Michele Grillo (Università Cattolica, Milan, Italy), Jens Hӧlscher (Bournemouth University, UK), Klaus Kempf (Bayerische Staatsbibliothek, München, Germany), Jackie Krafft (Université Côte d’Azur, France), Luisa Lambertini (Ecole Polytechnique Fédérale, Lausanne, Switzerland), Enrico Marelli (Università di Brescia, Italy), Mario Morroni (Università di Pisa, Italy), Marcello Signorelli (Università di Perugia, Italy), Roberto Tamborini (Università di Trento, Italy), Hans-Michael Trautwein (University of Oldenburg, Germany), Amy Verdun (Leiden University, Netherlands), Hans-Jürgen Wagener (Europa Universität Viadrina, Frankfurt/-Oder, Germany). The complete list of signatories can be found here.

Appel des économistes italiens à la BCE

Il est temps de changer de cap

Dans une lettre ouverte publiée sur la revue MicroMega, un groupe d’économistes italiens demande que, à court terme :

  • la Banque centrale européenne (BCE) réaffirme avec force que l’aide de 750 milliards d’euros annoncée ne représente qu’une première réponse à la crise, et qu’elle est prête à intervenir ultérieurement si nécessaire ;

  • les achats d’obligations d’Etat ne se feront plus sur la base des parts de capital de la BCE que possède chaque État (critère qui n’est pas appliqué aux obligations d’entreprises), mais plutôt sur la base de la nécessité de lutter contre la spéculation ;

  • la BCE déclare que les obligations souveraines détenues dans le cadre des différents programmes d’achat seront renouvelées indéfiniment ;

  • la BCE trouve une formule juridique compatible avec les Traités pour l’achat définitif d’obligations sans échéance émises par les Etats membres, avec un rendement nul ou proche de zéro, à placer auprès des banques centrales nationales.

Pour l’avenir, ils jugent "nécessaire" :

  • que les gouvernements de l’UE abandonnent l’idée que la croissance de l’économie peut être confiée uniquement aux exportations tout en poursuivant indéfiniment des politiques de limitation des budgets publics et de la consommation intérieure ;

  • que les gouvernements de l’UE prennend note du fait que l’inclusion du pacte fiscal dans les traités européens a été rejetée par le Parlement européen et que ces exigences doivent donc être abandonnées ;

  • que les gouvernements de l’UE conviennent qu’un budget équilibré ne devrait s’appliquer qu’aux dépenses courantes ;

  • que les gouvernements de l’UE reconnaissent officiellement que la politique fiscale peut être utilisée de manière anticyclique, même si cela conduit à un déficit public ou à une augmentation de celui-ci ;

  • que les gouvernements de l’UE abandonnent les critères de convergence fondés sur des paramètres peu fiables tels que le PIB potentiel et l’écart de production.

Les signataires soulignent que "ce qui importe maintenant, c’est que les sommets européens prennent conscience des erreurs colossales qui se sont répétées au fil du temps et déclarent qu’ils veulent suivre une voie différente à partir de maintenant. Si cela n’est pas fait, le coût de la crise sera élevé pour tous les citoyens européens et la survie même de l’Union sera mise en grand danger".

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