“Pas de bonne option contre Assad”

Une semaine après le massacre de 1 300 civils, tués à l’arme chimique à l’est de Damas le 21 août, les Etats-Unis et les pays européens semblent préparer une intervention militaire contre le président Bachar El-Assad. Même moralement justifiée, toute action devrait être mûrement pesée, prévient la presse européenne.

Publié le 27 août 2013 à 14:03

En autorisant une inspection de l’ONU sur les lieux du massacre, « le président syrien parie que cela approfondira les divisions sur la réponse appropriée. […] Mais c’est un pari qu’on ne doit pas le laisser gagner », estime le Financial Times. Dans un éditorial titré « L’argument moral pour une intervention en Syrie », le quotidien britannique rappelle qu’une action contre le régime d’El-Assad devra se faire sur la base de preuves précises et avec un large soutien international. Mais il estime que

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intervenir n’est pas entrer dans la guerre civile syrienne. Il s’agit d’envoyer un message aux Etats voyous pour dire que l’utilisation d’armes de destruction massive ne peut pas être toléré. […] Une action militaire comporte des risques. Il n’y a pas de bonne option pour dissiper la menace que M. Assad fait peser sur son propre peuple et sur le monde. Mais ne rien faire serait la pire de toutes.

« Ne pas réagir avec fermeté à l’événement chimique syrien serait ouvrir la voie à l’ensauvagement de notre ère à l’échelle mondiale », renchérit la directrice du Monde, Natalie Nougayrède :

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Agir de manière précise, ponctuelle et ciblée ne reviendrait pas à se précipiter dans un aventurisme militaire occidental. Mais à condition de bien anticiper la suite. L’heure de vérité sonnerait alors pour la diplomatie russe, qui pourrait difficilement se permettre de répliquer contre des navires américains. Ce serait marquer, par l’action, une limite indépassable à la violation des principes les plus intangibles sur lesquels se fondent la communauté des nations et la sécurité internationale. Ce crime de trop appelle une réponse claire et déterminée.

« Apporter les preuves est un préalable à toute intervention militaire », prévient toutefois La Libre Belgique, « ne fut-ce que pour convaincre une opinion publique très réticente, aussi bien aux Etats-Unis qu’en Europe ». Dans un éditorial intitulé « Frapper en Syrie ? Les faits d’abord », le quotidien note que

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à l’heure où cet édito est écrit, seul un faisceau de présomptions pointe le doigt vers le régime de Damas. C’est loin d’être suffisant dans un pays qui compte quatre services de renseignements, des milices, des rebelles, et fait l’objet de multiples interférences étrangères. La prudence, ici, n’est pas une marque de faiblesse. Elle est la première étape.

En Allemagne, la Frankfurter Allgemeine Zeitung remarque que « c’est avant tout Washington qui décidera d’une réaction militaire contre Assad ». Et cette fois, contrairement à l’intervention en Lybie que l’Allemagne n’avait pas soutenue, « Berlin sera probablement aux cotés des Américains ». Car, observe le quotidien, « la situation a désormais changé, à moins de quatre semaines des élections législatives ». Et le ministre des Affaires étrangères ne pourra pas se tenir à l’écart comme en 2011 :

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A l’époque, Kadhafi venait tout juste d’être renversé – le ministre des Affaires étrangères français Alain Juppé, avait été applaudi après son discours par les diplomates allemands pour sa position pendant la guerre en Lybie – un affront contre le maître de la maison. Cela n’arriverait surement pas une deuxième fois à Westerwelle et Merkel. Mais bien évidemment cela ne signifie pas, que Berlin participera de manière active à une intervention militaire.

Mais quels seraient les bénéfices d’une intervention militaire en Syrie ? Dans Revista 22, la chercheuse Laura Sitaru estime que « toute intervention militaire internationale ne ferait qu’alimenter le conflit et augmenter le nombre des morts. De même que l’absence d’une intervention ». C’est pourquoi,

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afin d’éviter les immenses erreurs des interventions antérieures au Moyen-Orient, il est nécessaire de voir plus loin, de se demander quels sont les enjeux de l’intervention et surtout, les limites de l’implication internationale. Qu’attend-t-on, en fait ? Ecarter du pouvoir le régime d’Assad ? Et après ? Quelle part de l’avenir sera assumé par la communauté internationale ? Quel type d’intervention désire-t-on, militaire, humanitaire, politique ? Et quels sont les risques régionaux d’une telle intervention ?

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