Tu n’auras pas d’autre chancelière qu’Angela Merkel

Angela Merkel se trouve à un tournant. A l’occasion des élections locales du 27 mars, les Verts se sont emparés du fief conservateur du Bade-Wurtemberg, mettant le pays sens dessus dessous. Ils sont désormais un grand parti. Mais la chancelière va rester aux commandes malgré tout. Car elle avait prévu la crise.

Publié le 28 mars 2011 à 13:59
Même si elle n'est plus que l'ombre d'elle-même, Angela Merkel devrait rester en selle jusqu'en 2013.

La soirée électorale n’a connu qu’un unique vainqueur, les Verts. Ils ont réussi à susciter de grands espoirs en faveur d’un changement de politique, à eux maintenant de tenir leurs promesses. Sur la question du projet ferroviaire et urbain Stuttgart 21, et sur l’atome. Fermons les yeux, et imaginons le futur proche : le Bade-Wurtemberg, actionnaire majoritaire d’EnBW, entreprise allemande du nucléaire, arrête ses centrales, et dans le même temps, un des projets les plus ambitieux du chemin de fer est jeté aux orties. La république va se retrouver sens dessus dessous.

Ces élections le prouvent. Les Verts ont quelque chose qui fait défaut aux autres partis. Un profil clair. Ils ont l’air crédible, ils incarnent une vision. Les Sociaux-démocrates (SPD) se réjouissent aussi, mais on peut se demander pourquoi, en réalité. Les Verts sont sur le point de concurrencer sérieusement les socialistes en tant que grande formation ; en Rhénanie-Palatinat, les affaires ont coûté presque dix points de pourcentage aux camarades : ces derniers ne sont pas vraiment dans le tempo, ce sont surtout les Verts qui profitent de la crise des noirs-jaunes.

Le SPD n’est manifestement pas perçu par les électeurs comme un modèle pour l’avenir. Après le désastre de la coalition noir-jaune dans le Bade-Wurtemberg, il est de nouveau tentant de prédire la fin prochaine de la chancelière Angela Merkel. Or, ce serait presque à coup sûr une erreur

Pas de Brutus dans l'ombre de la Chancelière

Certes, elle s’est mélangée les pinceaux. Elle a récompensé Günter Oettinger en l’envoyant à Bruxelles. Dans les secteurs du nucléaire et de la politique étrangère, elle suit un cap en zigzag qui donne la nausée même à ses propres partisans. Elle dirige un gouvernement noir-jaune à Berlin qui ne peut s’enorgueillir de rien, en dehors de défaites électorales. Et ainsi de suite. Les membres de la CDU pourraient réciter le catalogue des fautes de Merkel dans leur sommeil.

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Malgré tout, elle va rester à son poste. Car elle avait prévu ces temps difficiles. D’ailleurs, qui, s’il vous plaît, va donc jouer les Brutus dans les rangs de l’Union [chrétienne-démocrate] ? Tous les adversaires potentiels de Merkel, qui pourraient aujourd’hui la mettre en danger, ont depuis longtemps rejoint la version politique des territoires de chasse du Grand Esprit, soit par complaisance, soit parce qu’ils ont été éliminés par Merkel.

Le dernier en date étant Karl Theodor Guttenberg, le quasi chancelier [qui a récemment démissionné du poste de ministre de la Défense suite au scandale du plagiat de sa thèse]. Il n’y a plus personne pour tenter un putsch. La CDU n’a personne d’autre, elle est enchaînée à Merkel, du moins jusqu’aux prochaines législatives.

Merkel, artiste de la survie, pourrait donc continuer à gouverner, peut-être avec les verts dans le cadre d’une nouvelle coalition. Si elle compte se réserver cette option stratégique, elle va maintenant jouer davantage l’ouverture en ce sens. Et elle a déjà une occasion d’émettre des signaux, quand son moratoire sur l’atome arrivera à échéance.

Que faire de Westerwelle ?

Il n’y aura de toutes façons pas de nouvelles élections. Merkel ne répètera pas l’erreur commise par [le social-démcorate] Gerhard Schröder en 2005 à l’issue d’une défaite électorale en Rhénanie du Nord-Westphalie . Elle est chancelière et peut le rester. Malgré tout, sa cote de popularité reste élevée auprès de la population. Des élections anticipées constitueraient une expérience au résultat incertain.

Par conséquent, la pantalonnade de cette chancelière et de sa coalition va continuer, et même empirer. Il reste au pays deux pénibles années politiques à traverser avant les prochaines législatives : le Bundesrat [Sénat fédéral] est menacé d’un blocus total des rouges-verts, la coalition noir-jaune va s’user dans des conflits d’orientation entre l’aile dure des conservateurs et les modernisateurs plus conciliants — et il manque à la chancelière la force, et la clarté, politique pour y mettre de l’ordre.

Et les Libéraux (FDP) ? Comment conserver Guido Westerwelle à la tête du parti ? Il porte tort à la coalition, tort aussi à la politique étrangère allemande — comme ses dernières manœuvres au sujet de la question libyenne. Si le FDP ne le comprend pas, on ne peut plus rien pour lui. Il lui faut un nouveau visage.

Contrepoint

Comment gouverner sans ligne politique ?

A la Une de Focus, "Miss Erfolg" (Miss succès) devient "Misserfolg" (échec). Combien de temps Angela Merkel pourra-t-elle continuer à gouverner, étant donné que la chancelière cumule les revers politiques comme quasiment aucun chef de gouvernement avant elle ?, se demande l’hebdomadaire allemand. Dans la crise de l'euro, Merkel a changé d'avis presque chaque mois, pour finir par céder lors du "poker de Bruxelles" de fin mars et engager l'Allemagne à injecter 4,3 milliards d'euros chaque année dans le Fonds européen de sauvetage financier jusqu'en 2017, "une concession encore impensable en février". Sur le nucléaire, elle a fait un virage à 180°, en envisageant la sortie de l’atome. En politique étrangère enfin, "un domaine où le gouvernement devrait facilement briller", la chancelière s'est isolée de ses partenaires en refusant de soutenir l'intervention en Libye.

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