Idées Vaccins Covid-19

Levez les brevets sur les vaccins anti-Covid !

Les brevets qui protègent les vaccins contre le Coronavirus développés par les grands laboratoires sont le principal obstacle à la vaccination des populations des pays en développement et un frein à la lutte contre la pandémie. Pour cela, plusieurs organisations demandent que Bruxelles renonce à défendre la propriété intellectuelle sur les vaccins.

Publié le 10 mai 2021 à 12:48

Plus d'un an après le début de la pandémie, le coronavirus a tué plus de 3 millions de personnes, provoqué la plus grande crise économique depuis les années 1930 et eu un effet dévastateur sur la vie de milliards de personnes. L'UNICEF met en garde contre une génération perdue en raison de la malnutrition, du recul soudain de l'éducation et de la peur et de l'incertitude généralisées.

Les vaccinations sont un élément essentiel de la solution pour mettre fin à cette situation. Si la plupart des Européens attendent avec impatience le moment où nous pourrons tous reprendre nos vies en toute sécurité, pour la plupart des pays en développement, c'est un rêve lointain : si rien ne change, la pénurie actuelle de vaccins signifie qu'il faudra peut-être attendre jusqu'en 2023 avant que tout le monde ait accès à une protection – pire encore, nous pourrions ne jamais maîtriser le virus, car les vaccins actuels pourraient être inefficaces contre les nouvelles variantes.

Il existe pourtant une solution : augmenter la production de vaccins en en faisant un bien public universel. En temps de crise, il devrait être évident de passer temporairement outre les droits de propriété intellectuelle et de donner à tous les producteurs de vaccins fiables le droit et la sciences nécessaires pour fabriquer des vaccins, des tests et des traitements à grande échelle dans le monde entier, plus rapidement, plus facilement et à moindre coût.

Pour cela, la Commission européenne devrait toutefois changer radicalement la façon dont elle traite les sociétés pharmaceutiques à l'heure actuelle. Et c'est là que le bât blesse.

Selon Corporate Europe Observatory, la Fédération européenne des associations et industries pharmaceutiques (EFPIA), le principal groupe de pression de “Big Pharma” en Europe, a dépensé jusqu'à 5,5 millions d'euros en activités de lobbying rien qu'en 2020. Un bel investissement : leurs arguments visant à "garder les brevets pour nous et à leur faire confiance pour la distribution des vaccins" ont été repris aveuglément par la Commission européenne et contrastent fortement avec la situation actuelle.

Cet "engagement volontaire" s'est révélé très naïf : l'Organisation mondiale de la santé a mis en place une plateforme où les firmes pharmaceutiques peuvent partager leurs connaissances et leurs droits de propriété. Une telle approche a permis par le passé que les médicaments contre le VIH/SIDA soient disponibles dans beaucoup plus d'endroits. Mais cette "banque de connaissances" contre le coronavirus est toujours vide. Les étagères prennent la poussière. Les laboratoires pharmaceutiques gardent la technologie pour eux, car aucun contrat ne les y oblige.

Alors pourquoi le feraient-elles ? Les brevets permettent aux entreprises pharmaceutiques de faire une marge confortable sur les produits qu'elles développent et qu’elles vendent, et de contrôler qui peut les fabriquer et les vendre.

Pour elles, la pandémie est un enjeu de taille. La People's Vaccine Alliance a calculé que Pfizer, Johnson & Johnson et AstraZeneca ont versé 26 milliards de dollars en dividendes et en rachats d'actions à leurs actionnaires au cours des 12 derniers mois – assez pour payer la vaccination de l'équivalent de la population de l'Afrique. Et Pfizer n’est jamais repus, puisqu'il a augmenté son prix par dose de 12,5 à 19 euros.  

Malgré la promesse de rendre les vaccins accessibles à tous, la Commission européenne ne fait aucun geste pour que cela devienne une réalité. Nous appelons l'Europe et tous ses Etats membres à se joindre à près de 100 pays et à d'innombrables organisations de la société civile qui demandent que l’on suspende temporairement les brevets au sein de l'Organisation mondiale du commerce. Même les Etats-Unis, notoirement hostiles à cette pratique, envisagent maintenant de se joindre à ses défenseurs.

Toutefois, l'Europe ne se laissera pas convaincre toute seule. Face à l'énorme pouvoir financier de "Big Pharma", nous devons donner davantage de pouvoir aux citoyens. L’Initiative citoyenne européenne (ICE) est l'un des très rares outils institutionnels permettant d'avoir un impact direct sur les politiques européennes. Grâce à cet outil, la Commission européenne est obligée de répondre à nos demandes dès que nous avons recueilli 1 million de signatures.

L'initiative "No Profit on Pandemic" demande à la Commission européenne de faire des vaccins et traitements corona un bien commun universel, et exige une transparence totale sur les négociations, les prix d'achat et les coûts de production. Notre mouvement compte plus de 350 syndicats européens, associations de santé et ONG, et 175.000 citoyens européens – à ce jour.

Une mobilisation à l'échelle européenne est nécessaire pour changer le cours de l'histoire. Les profits sont un obstacle à la protection de la sécurité de la population mondiale et de l'avenir de générations entières. Mais nous pouvons changer cela.

Tous les citoyens européens peuvent signer l'initiative citoyenne européenne via ce lien noprofitonpandemic.eu.

👉 La liste des organisations qui soutiennent l'initiative.

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