C’est Metternich qu’on ressuscite

150 ans après sa mort, le chef de la diplomatie de l’Empire autrichien reste politiquement incorrect. Pourtant, avec le traité de Lisbonne, les Vingt-Sept ont recréé le concert des grandes nations qu’il avait mis en place en Europe, remarque le quotidien tchèque Lidové Noviny.

Publié le 11 juin 2009 à 14:41
 | Photo: Peter Panter

Vous craignez, avec la ratification du traité de Lisbonne, que les grandes nations s’entendent entre elles et fassent fi des petits pays ? Que l’Europe ne soit plus, sous leur baguette, qu’un concert de grandes puissances ? Souvenez-vous du prince de Metternich, l’homme qui a montré les forces et les faiblesses d’une telle politique.

Il est tout à fait étonnant que l’on ne célèbre pas une année Metternich alors que 2009 a été proclamée « année Darwin » et ce, pour deux raison. Darwin est né en 1809 et il a publié son ouvrage maître, De l’Origine des Espèces, en 1859. Ces deux années sont également symboliques concernant Metternich. Il est devenu ministre autrichien des Affaires étrangères en 1809 (de facto, chef de l’exécutif, et plus tard Chancelier d’Etat) et il est mort le 11 juin 1859. Il repose depuis dans le tombeau familial à Plasy, dans l’ouest de la Bohême.

Le Prince de Metternich reste dans les mémoires comme le père de l’Europe post-napoléonienne d’après le Congrès de Vienne [1815], comme l’inspirateur de l’idée de « concert des grandes puissances », comme le fondateur de la Realpolitik qui place l’équilibre des intérêts et la stabilité du pouvoir au-dessus de la morale. Même s’il est vrai que lorsqu’ils entendent le terme « Realpolitik », les Européens modernes se bouchent le nez et ferment leurs oreilles, nul ne peut contester que l’Europe de Metternich a fonctionné pendant presque 100 ans – des guerres napoléoniennes jusqu’à la Première Guerre mondiale. Et même si son auteur est mort il y a 150 ans, la pensée politique de Metternich survit jusqu’à aujourd’hui et reste d’avant-garde.

En septembre dernier, pendant le lancement de la campagne de la présidence tchèque du Conseil européen, l’ex-Premier ministre Mirek Topolánek a notamment prononcé les mots suivants : In varietate concordia, « L’unité dans la diversité ». C’est la devise de l’Union européenne. C’est également ma vision de l’action de la République tchèque en Europe. Les Etats-Unis ont sensiblement la même devise : E pluribus unum, « Un à partir de plusieurs ». De fait, cette devise est aussi celle de Metternich, qui refusait les ambitions isolées au profit de la stabilité et de l’équilibre supra-nationaux. Pourquoi donc ne pas saluer cette inspiration, pourquoi ne pas désigner nommément son auteur ?

Cent cinquante ans après sa mort, Metternich reste le symbole d’une pensée réactionnaire et de l’obscurantisme. Il est vrai que Metternich avait horreur des changements, des révolutionnaires et les libéraux. Mais il ne faut pas voir derrière cette attitude un attachement inconditionnel à tout ce qui est lié au passé. Tout simplement, Metternich avait peur – et l’histoire lui a donné raison – que le modernisme emporte avec elle d’autres mots en ‘isme’ : le nationalisme, le socialisme, etc.

Le visage metternichien de l’Europe a tenu un demi-siècle, avant d’être renversé par des nationalismes nés de la guerre – la guerre de Crimée, la guerre prusso-autrichienne, la guerre franco-prussienne. La Première Guerre mondiale lui a donné un coup d’arrêt définitif à cette Europe-là. Si on considère que Metternich a façonné le visage du Vieux Continent durant quatre générations, tandis que la doctrine issue du Traité de Versailles [1919] n’a tenu qu’une génération, ce n’est somme toute pas un mauvais bilan.

Les adversaires au Traité de Lisbonne peuvent se voir comme les opposants de l’époque de Metternich et de cette pensée du « bulldozer des plus faibles ». Au final, il importe avant tout de savoir comment sera jugée notre situation actuelle en 2050. Autrement dit, lorsque nous disposerons de suffisament de recul pour dire s’il y a plus d’avantages ou plus d’inconvénients dans la Realpolitik.

HISTOIRE

Metternich, l’éternel inconnu

Enfant de l’Ancien Régime, le prince de Metternich détestait la révolution sous toutes ses formes. « L’Europe lui doit plus qu’à n’importe quel révolutionnaire de l’époque, de Rousseau à Robespierre, et de Fouchet à Napoléon », rappelle Die Welt. Le quotidien berlinois explique pourquoi le ministre des Affaires étrangères et chancelier de l’Empire autrichien, né en 1773 à Coblence et mort le 11 juin 1859, valait mieux que sa réputation.
Il a été l’artisan de la coalition anti-napoléonienne et initiateur du Congrès de Vienne, en 1815, qui a assuré plusieurs décennies de paix à l’Europe en imposant l’équilibre des grandes puissances de l’époque. Ce « système Metternich », rappelle Die Welt, était « meilleur que tout ce qu’il y avait eu avant ». Mais « en mars 1848 (le printemps des révolutions et des soulèvements populaires en Europe) son monde périssait, et il le savait. Il n’avait pas compris que l’inflation des prix du pain était révélatrice de toutes les infirmités et anachronismes de l’Empire. Mais il est parti en exil sans se plaindre quand l’empereur a été obligé de le destituer. « Sa place dans l’histoire, conclut le journal, reste controversé jusqu’aujourd’hui. »

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