Les expériences grecque et irlandaise nous montrent qu’en économie, les interventions créent davantage de problèmes, nouveaux et plus graves, et en viennent même à mettre en péril la monnaie unique. Mais il appartient aujourd'hui au gouvernement portugais de faire en sorte d'éviter le pire.

Les dirigeants de la zone euro ont terminé l'année 2010 en étant davantage conscients des risques que faisait courir à l'euro la solution qui a été choisie pour résoudre le problème de la dette que certains pays européens rencontrent. C'est, dans ce contexte, qu'il faut inscrire les déclarations de soutien, multiples et variés, apportées aux mesures adoptées par le Portugal pour lutter contre le déficit public.

Un modèle qui alimente l'effet domino

Les interventions, d'abord en Grèce puis en Irlande, ont montré que le modèle privilégié dans la gestion de la crise de la dette contribuait à alimenter un effet domino qui fait planer le spectre d'un effondrement de la zone euro.

Dublin n'avait pas encore accepté le plan d'aide que déjà, analystes et économistes dressaient leur liste des victimes : viendraient ensuite Lisbonne, puis Madrid, et ce serait Rome ou Bruxelles. Dans cette réaction en chaîne annoncée, les analystes arrivaient rapidement à une conclusion évidente : nous allions assister à l'effondrement ou à l'éclatement de la zone euro. Et la chute de la monnaie unique allait ouvrir une brèche profonde dans l'ensemble de l'édifice européen.

C'est parce qu'ils sont conscients des menaces à venir pour un projet qui garantit la paix et la prospérité de l'Europe depuis déjà plus d'un demi-siècle que les dirigeants européens (ainsi qu'une partie de la technocratie européenne) ont repensé toute la stratégie à suivre pour surmonter les problèmes de financement de certains membres de l'euro, dont le Portugal.

Lisbonne ne peut pas grand-chose contre les Cassandre

Selon l'hebdomadaire allemand Der Spiegel, démenti officiellement par le gouvernement allemand, Berlin et Paris souhaitent que le Portugal demande officiellement une aide financière pour éviter une contagion de la crise à l'Espagne. Aurait-on changé d'opinion au sein de la zone euro ? Rien ne le laisse penser. Ce qui semble manquer en revanche, c'est la confiance dans la capacité de cette stratégie fondée sur les fonds européens et le FMI à éviter de nouvelles interventions et à empêcher la contagion à l'Espagne et à d'autres pays.

La nouvelle tempête financière qui s'est abattue sur le Portugal est la conséquence de l'annonce de deux émissions obligataires le 6 janvier. Les établissements financiers explorent actuellement les possibilités d'engranger des bénéfices supplémentaires en achetant ces nouveaux titres proposés à des taux plus élevés. Les dirigeants politiques ne peuvent pas et ne doivent pas favoriser ce type d'opérations par des déclarations qui créent des problèmes supplémentaires, pour le Portugal comme pour l'euro.

Le gouvernement de Lisbonne ne peut pas grand-chose contre les Cassandre. Mais le Premier ministre José Sócrates peut faire beaucoup, lui, en mettant toute sa détermination et sa ténacité au service de la lutte contre le déficit public. Le gouvernement doit tout mettre en œuvre pour que nous ayons la certitude, au plus tard en février, que les prévisions de déficit public seront respectées cette année. Ce n'est qu'ainsi qu'il peut espérer la solidarité des Européens et une solution européenne – sans l'aide du FMI.