Débattons vraiment du traité de Lisbonne

Maintenant que les Irlandais ont obtenu des garanties sur le traité de Lisbonne, un nouveau référendum devrait être organisé en octobre prochain. Il est donc temps de séparer les faits de la fiction et de répondre à la coalition hétérogène des partisans du non, estime l'Irish Times.

Publié le 22 juin 2009 à 15:54
Affiches de la campagne pour le référendum irlandais sur le traité de Lisbonne, 2008

Nous en sommes, semble-t-il, à la dernière étape de la saga ennuyeuse, mais extrêmement importante du parcours tortueux vers la ratification du traité de Lisbonne par l’Irlande. Que vont faire de nous nos partenaires européens ? Difficile de ne pas conclure que nous nous sommes donnés en spectacle. Certains d’entre eux doivent nous voir comme un enfant gâté qui, pensaient-ils, était devenu un adulte mûr, intelligent et prospère. Mais qui est retourné en enfance.

Nous avons arraché une "décision" du Conseil européen [le 19 juin], qui établit simplement ce que tout le monde savait déjà : le traité de Lisbonne n’a rien à voir avec l’avortement, n’a aucun impact sur notre système fiscal et ne change rien en ce qui concerne la défense (et la neutralité irlandaise). Dans ce domaine, l’Irlande n'a rien à changer à cause de Lisbonne. Nous ne sommes pas tenus de participer à ce qui ne nous plait pas. Il n’y a pas, et n’y aura pas d’armée européenne, et donc pas de conscription pour une armée qui n’existe pas.

Bien sûr, rien de cela ne changera la position des nonistes qui, quelques minutes après la décision du sommet européen, rétorquaient des arguments en faveur du rejet. L’Union européenne et le gouvernement irlandais "se moquent des médias et de la population", titrait la National Platform [site Internet de recherche et d’information sur les affaires européennes], qui est principalement entre les mains d’un homme, le redoutable Anthony Coughlan. Ces garanties légales ne sont qu’une "manipulation créative destinée à tromper l'opinion", estime Patricia McKenna, qui vient d’échouer à se faire élire comme eurodéputée.

Le camp du non est constitué de groupes disparates qui se recoupent, ce qui laisse penser que tout ce bruit est disproportionné par rapport au nombre de personnes réellement impliquées. Les propos de l’ancienne écologiste Patricia McKenna ont été diffusés par la Pana, la Peace and Neutrality Alliance. Celle-ci, qui se considère comme la gardienne de la neutralité irlandaise, compte 26 affiliés sur son site Internet, parmi lesquels on retrouve la Celtic League, mais également l’Irish El Salvador Support Committee, dont le site internet a été mis à jour pour la dernière fois en 2002. Et quid de l’Ireland Algerian Solidarity Group, qui a dans les rangs de ses sympathisants deux députés irlandais aujourd’hui décédés ? La Pana peut encore compter sur le Cuba Support Group, les Citizens in Defense of Neutrality, le Communist Party of Ireland, l’Irish Missionary Union, les Women in Media and Entertainment, le Sinn Féin et le Green Party.

Voilà où je veux en venir. Les personnes impliquées dans des groupes tels que la Pana sont sans doute très motivées, mais représentent-elles la majorité de la population irlandaise ? Leur vision antieuropéenne sert-elle au mieux les intérêts des Irlandais ? Le temps nous le dira, mais je pense que non. Cette semaine, le ministère des Affaires étrangères va lancer le sitewww.eumatters.ie, dans le cadre de la lutte du gouvernement pour séparer le vrai du faux sur à l’UE. Il était temps.

CONCESSIONS

La boîte de Pandore est ouverte

L’introduction de garanties supplémentaires pour l’Irlande dans le traité de Lisbonne pourrait bien être une boîte de Pandore, avertit Mariusz Staniszewski dans le quotidien Polska. Bientôt, d’autres Etats-membres commenceront à faire la queue pour revendiquer leurs propres exigences. Bruxelles a accepté d’introduire dans le traité le droit de l’Irlande à une politique fiscale indépendante, à la neutralité, et permet au pays de conserver sa loi anti-avortement. De plus, l’Irlande pourra déléguer un commissaire à la Commission européenne.

"Pourquoi les Tchèques, les Néerlandais ou les Polonais ne pourraient-ils pas réclamer des concessions similaires ?", demande le chroniqueur de Polska. La pression des dirigeants européens pour que l’Irlande organise à tout prix un nouveau referendum sur le traité de Lisbonne ne fait qu’apporter de l’eau au moulin des opposants. Lorsque les modifications irlandaises auront été approuvées, on pourra se demander s’il s’agit toujours du document que les parlements des Etats-membres ont ratifié. Le débat est déjà lancé en République tchèque, et risque de s’étendre rapidement à d’autres pays. "Une question émergera alors, conclut Mariusz Staniszewski. La Pologne doit-elle tirer profit de la situation et marchander des améliorations pour elle-même, ou doit-elle se comporter en bon européen rêvant d’une UE plus efficace ?"

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