Opinion Guerre en Ukraine

Pourquoi l’invasion de l’Ukraine traduit l’impuissance et la peur de la Russie

“Nous vivons dans un monde hypocrite, faux, mensonger, foncièrement mal construit. Ce qui, d’un certain point de vue, ne peut mener qu’à la guerre. Et je crains que ce ne soit que le début”, écrit Vasile Ernu en s’inspirant du philosophe et politologue marxiste Slavoj Žižek.

Publié le 30 juin 2022 à 12:03
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Slavoj Žižek, l’un des penseurs phares de l’Occident, originaire de l’Est communiste, écrivait récemment dans The Guardian :

Oui, l’Occident libéral est hypocrite et applique ses normes aux hautes attentes de façon très sélective. Mais l’hypocrisie tient au fait de violer les normes que l’on a soi-même érigées, en s’exposant inévitablement à la critique – lorsque l’on critique l’Occident libéral, on exploite en réalité ses normes. Ce que propose la Russie, c’est un monde dépourvu d’hypocrisie, puisque sans normes éthiques mondiales, un monde qui observe seulement un ‘respect’ pragmatique des différences. Nous avons vu clairement ce que cela signifiait lorsque les talibans, après avoir pris le pouvoir en Afghanistan, ont immédiatement conclu un accord avec la Chine. La Chine accepte le nouvel Afghanistan, tandis que les talibans ignorent le traitement qu’elle réserve aux Ouïghours. Cela résume bien la nouvelle mondialisation prônée par la Russie. Et la seule manière de défendre ce qu’il reste à sauver de notre tradition libérale, c’est d’insister sans relâche sur son caractère universel. Dès lors que nous appliquons une politique de deux poids deux mesures, nous ne sommes pas moins ‘pragmatiques’ que la Russie.

Les Russes craignent que l’Ukraine ne leur échappe pour de bon

La crainte de perdre définitivement l’Ukraine constitue l’un des principaux motifs de la guerre, les Russes ne s’en cachent pas. Ce risque est imminent, et c’est bien plus qu’une simple possession territoriale qui risque d’être à jamais hors de portée.

On a tendance à évoquer la séparation de l’Ukraine et de la Russie dans un sens presque métaphysique : une aliénation totale, des valeurs radicalement différentes. On fait de l’Ukraine un espace ennemi et étranger. Il en va de même pour la Biélorussie. La Russie a peur de perdre l’influence qu’elle exerce sur cet Etat qu’elle considère comme une part d’elle-même. La plus grande peur de la Russie, c’est de voir son identité voler en éclats.

Cette crainte de perdre définitivement l’Ukraine, qui serait alors hors de portée du “monde russe”, est la hantise du Kremlin. L’Ukraine symbolise la peur de cette auto-destruction. Il est difficile d’estimer à quel point cette peur est réelle, mais elle constitue un casus belli majeur, même si ce n’est pas le seul.

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