Jouons-la fédérale

Pour pallier l’absence de politique monétaire commune, l’UE doit changer les règles du jeu et mettre en place un véritable fédéralisme budgétaire. Il en va de l’avenir de la zone euro et plus largement de celui de l’Union en tant qu’organisation commune, estiment Les Echos.

Publié le 5 octobre 2010 à 11:24

Ouf ! Les Européens sont enfin d'accord. Ils conviennent tous… que le système mis en place il y a une décennie ne tient pas la route. Ils doivent changer les règles du jeu budgétaire dans l'union monétaire. La crise grecque du printemps dernier l'a montré avec éclat. La Commission européenne a présenté ses propositions la semaine dernière. La Banque centrale européenne a ses idées, les pays aussi. Le débat promet d'être intense dans les prochains mois. Il en va tout simplement de l'avenir de la zone euro. Et aussi de l'avenir de l'Europe, comme avancée politique, comme organisation commune, comme rêve d'un monde meilleur.

Au départ, dans les années 1990, la question avait été laissée soigneusement de côté. L'Europe devait réaliser une première mondiale : une union monétaire sans union budgétaire. En cas de pépin, il était interdit de voler au secours d'un pays en difficulté. Et l'hypothèse d'un défaut de paiement par un Etat n'a même pas été envisagée. Une confiance aveugle dans la solidité publique.

Mais l'histoire montre que l'Etat n'a pas toujours été considéré comme un bon payeur. Sa faillite doit être juridiquement envisagée. Le droit des faillites constitue une condition indispensable au fonctionnement d'une communauté économique - on l'a bien vu dans les pays de l'est de l'Europe, où les entreprises ont réellement commencé à se développer dans les années 1990, une fois définies les règles de faillite !

Un "pacte stupide" qui a volé en éclats

Il est vrai que les Européens avaient mis en place unPacte de stabilité qui devait empêcher d'en arriver là. Les pays étaient censés respecter des règles d'équilibre budgétaire sous peine de sanctions. Mais ce pacte, qualifié de "stupide" par le président de la Commission européenne au début des années 2000, a volé en éclats fin 2003 quand l'Allemagne et la France ont refusé son application à leurs dépens.

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Sept ans plus tard, la crise grecque, engendrée par la révélation d'un formidable mensonge sur l'état de ses finances publiques, a confirmé l'inanité du pacte. Dans l'urgence, l'Union a créé un Fonds européen de stabilité financière doté de 750 milliards d'euros. Et la Banque centrale européenne est venue au secours de la Grèce en achetant ses obligations publiques, en violation flagrante du traité européen. Non, décidément, il n'est pas possible de séparer le budgétaire du monétaire !

Il va donc falloir reconstruire. Compléter le fédéralisme monétaire par un fédéralisme budgétaire dont le Fonds européen constitue l'une des articulations. Le problème, c'est que les points d'accord qui se dessinent portent sur les propositions les plus ineptes. La Commission veut par exemple soumettre tous les pays ayant une dette publique dépassant 60 % de leur PIB à une "procédure concernant les déficits excessifs, après analyse des différents facteurs déterminant la qualité de leur dette et l'évolution de leur situation budgétaire". Cette proposition, qui nécessiterait l'embauche de centaines d'économistes pour réaliser ces travaux d'analyse, pourrait conduire à incriminer seize pays européens regroupant 86 % des habitants de l'Union ! Elle renforcerait aussi un mécanisme qui a prouvé son inefficacité.

Sans projet politique, la monnaie pour la monnaie mène à l'impasse

Bruxelles veut aussi prélever une amende sur les pays en déficit excessif, un peu comme si un médecin prescrivait une saignée à un malade en pleine hémorragie. Berlin a obtenu un certain succès en proposant des sanctions automatiques. On imagine le bonheur d'une telle automaticité si, par exemple, l'Etat espagnol, lors d'une fin de mois difficile, se trouvait mis en défaut de paiement à la suite du prélèvement de l'amende eurocratique… Cette idée de systèmes "automatiques", que l'on retrouve dans d'autres domaines (agence de notation délivrant automatiquement des notes en fonction d'indicateurs macroéconomiques), révèle la confusion dans laquelle nous nageons.

La crise devrait pourtant nous pousser à accélérer dans la direction d'un fédéralisme budgétaire. Car elle accroît les divergences entre les pays. Des divergences qui avaient déjà été accrues par le fonctionnement même de l'union monétaire, chaque pays se spécialisant logiquement dans ses points forts. Quand les taux de change sont flexibles, l'ajustement des pays les plus touchés par une tempête passe toujours par une forte dévaluation de leur monnaie.

Mais, dans la zone euro, les taux de change ont disparu. Cette absence de souplesse monétaire doit être compensée par la solidarité budgétaire. La monnaie pour la monnaie, sans projet politique au-delà, mène toujours à l'impasse. Ce fut déjà le cas pour la France, l'Italie, la Belgique et les autres pays plombés par le bloc or dans les années 1930.

UE/Chine

Le yuan casse les prix

"L'UE se dispute avec les Chinois", titre le Financial Times Deutschland au moment où les dirigeants de la zone euro demandent à la Chine d’apprécier le yuan. A l’occasion du sommet UE-Asie, à Bruxelles, le Premier ministre chinois Wen Jiabao n’a pas partagé les inquiétudes des Européens quant à la faiblesse de la monnaie chinoise par rapport à un euro très fort.

Pour le quotidien de Hambourg, si la demande se justifie du point de vue économique, l’Europe doit se garder de suivre le chemin des sanctions adopté par les Etats-Unis et le Japon ou, pire encore, de s'engager dans une course à la dévaluation. "Les Européens n'ont pas d'autre choix que de miser sur la diplomatie." Et d’exiger le respect des promesses faites du coté chinois, à savoir réduire sa balance commerciale en renforçant la consommation, en relâchant la politique d'austérité et en augmentant les salaires. Exactement ce que les pays européens, la France en tête, demandent à l’Allemagne.

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