L’Europe n’existe pas

L’Europe n’existe pas, seule l’Union européenne – en tant qu’ensemble de lois utiles aux citoyens – existe, estime le philosophe néerlandais Herman de Regt. Penser que l’on peut faire avancer l’Union Européenne en méditant sur l’identité de l’Europe, pourrait bien s’avérer être une erreur catastrophique.

Publié le 29 mai 2009 à 13:42

Suite au ‘non’ au référendum sur la Constitution européenne de 2005, les Pays-Bas ont, par la voix de leur ministre des Affaires étrangères, Maxime Verhagen, renoncé à l’idée d’une identité européenne. Et c’est tant mieux. Plutôt que de chercher ce que représente l’Europe, nous ferions mieux de réexaminer, dans l’esprit de Monnet et Schuman, ce que l’Union Européenne devrait faire pour que les gens remarquent son « existence », afin qu’ils prennent conscience de ce qui doit être fait pour maintenir la paix et la prospérité dans leur pays – quelle que soit la taille du pays.

Le ministre a proposé de se focaliser davantage sur « l’Europe en pratique » plutôt que sur « l’Europe des principes ». C’est une bonne chose de se focaliser sur l’idée fondatrice de l’Union européenne : la sécurité et la prospérité des habitants des États membres. Dire que l’Europe n’existe pas n’a aucune conséquence concrète, alors que dire que l’Union européenne n’existe pas est tout simplement stupide : il existe bel et bien un ensemble d’accords et de traités entre les Etats-membres.

Évidemment, les intellectuels tentent de nous faire croire à ‘l’identité de l’Europe » – à l’instar de George Steiner dans son essai, aussi ludique que magistral Une certaine idée de l’Europe (2005). Ils font référence aux grands événements historiques : l’apparition de la démocratie en Grèce et de la science en Italie, la Déclaration des droits de l’homme en France ou encore les traités conclus au lendemain de la Seconde Guerre mondiale.

Ils parlent « d’école européenne », d’une mentalité européenne qui reposerait sur un canon ou sur la découverte d’une relation particulière entre la religion, l’État et les sciences. Cependant, aussi convaincant que cela puisse paraître, je n’y crois pas du tout. L’Europe n’existe pas comme quelque chose de tangible. L’Union européenne, elle, existe.

Comme l’a démontrée la question sur l’adhésion de la Turquie, le fait de rechercher la quintessence de l’Europe peut avoir un effet paralysant. Nombreux sont ceux qui soulignent que la Turquie ne partage pas notre façon « européenne » de contempler le monde, par exemple sur la question des droits de l’homme. Certains font valoir que la Turquie ne suit pas les leçons européennes de l’Histoire. Mais en réalité, peu importe. Car l’Union européenne n’a rien à voir avec une quelconque « essence de l’Europe », qu’elle soit fondée sur une réflexion philosophique ou historique.

L’Union européenne est un moyen, découvert dans la douleur pour nombre d’Etats-nations, de faire face à certains problèmes, notamment les risques de guerre et les crises économiques. L’objectif de l’Union européenne n’est donc pas d’incarner l’Europe de la manière la plus « essentielle ». L’UE est tout simplement un cercle pragmatique avec des conditions d’admission.

Au lendemain de la Seconde Guerre mondiale, la grande question était : « que faire de l’Allemagne ? » Le ministre français des Affaires étrangères, Robert Schuman, fit alors appel à Jean Monnet, homme politique et homme d’affaires français, pour qu’il donne forme à une Europe unie. Cette initiative aboutit finalement à la création de la Communauté européenne du charbon et de l’acier (CECA), en 1951, qui avait pour but d’accroître le niveau de vie de l’ « Europe  » et de la stabiliser sur le plan militaire et politique. Tous ceux qui adhéraient à cette idée (la paix par la prospérité économique) pouvaient participer.

Penser que l’on peut faire avancer l’Union européenne en continuant à méditer sur ce qui définit vraiment l’Europe, pourrait bien s’avérer être une erreur catastrophique. Catastrophique dans le sens où l’Union européenne pourrait connaître un recul général de son niveau de vie. Plus grave encore, le cercle pourrait se désintégrer et ses membres, reprendre les armes.

La politique nationale doit donc se pencher sur une nouvelle façon d’expliquer l’importance de l’Union européenne à ses citoyens. Car personne ne peut nous en vouloir de souhaiter quitter un club si celui-ci n’a rien à nous apporter. Heureusement, la période de campagne pour les élections européennes du 4 juin semble porter en elle un grand nombre d’occasions pour expliquer à nouveau ce que l’Union Européenne peut faire pour ses habitants. Alors, hommes et femmes politiques, saisissez cette chance !

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