Six mois décisifs pour l’environnement

Comme chaque mois, en partenariat avec Display Europe, nous avons examiné de près la couverture médiatique européenne sur les thèmes de l'environnement et du climat. Cette revue de presse intervient à un moment crucial : ce qui se passe d'ici aux élections européennes de juin est de la plus haute importance pour la planète.

Publié le 10 janvier 2024 à 15:13

Ces dernières semaines, les dirigeants politiques du monde entier ont fait la une des journaux pour leurs positions controversées sur l'action climatique, signalant ainsi un changement inquiétant dans l'engagement en faveur des politiques environnementales.

Diyora Shadijanova, dans The Guardian, le dit sans détour : certains hommes politiques "n'ont aucun intérêt à sauver notre planète". Le Premier ministre britannique, Rishi Sunak, qui a passé plus de temps à se rendre à la COP28 à bord de son jet privé qu'à participer à la conférence, a donné un discours lors du sommet de Dubaï dans lequel il a réaffirmé sa décision d'abandonner des politiques climatiques cruciales. Cette décision s'inscrit dans une tendance plus large observée dans les partis de droite et d'extrême droite des pays occidentaux, qui renoncent à des engagements de longue date en matière de climat. Le Parti pour la liberté (PVV) de Geert Wilders aux Pays-Bas, le Parti national de Nouvelle-Zélande (NZNP), l'Alternative pour l'Allemagne (AfD) en Allemagne et les conservateurs du Canada sont tous sur la même longueur d'onde.

Une interview de la climatologue française Valérie Masson-Delmotte dans Reporterre réitère ce concept. Masson-Delmotte estime que "les gouvernements, les responsables régionaux et des collectivités locales ont des valeurs enracinées depuis des décennies, dans un modèle qui n’est plus adapté aux enjeux d’aujourd’hui". De plus, "les milliardaires veulent préserver des modes de vie ultra-émetteurs", et "de très nombreux acteurs économiques ne comprennent pas l’urgence à transformer les pratiques et à sortir des énergies fossiles". Elle prévient que "le grand défi est maintenant de montrer des alternatives possibles à une échelle suffisante et qui soient désirables".

Pourtant, les conséquences du changement climatique sont visibles pour tous, comme en témoignent les phénomènes météorologiques extrêmes. Au Danemark, les tempêtes qui ont dévasté le pays en octobre 2023 ont engendré des coûts importants, reflétant une tendance mondiale selon laquelle les dommages liés au climat entraînent une hausse temporaire du PIB pendant la reconstruction. Avant de vous réjouir, sachez que ce n'est qu'un camouflage : plus le changement climatique est grave et plus la transition verte est tardive, plus le coût de la protection sociale est élevé, affirme le média danois Information.


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Le pétrole est mauvais en tout point. En Argentine, l'opérateur allemand du port de chargement Oiltanking Ebytem est critiqué pour une marée noire au large de Bahía Blanca. La taz allemande met en évidence les risques environnementaux liés aux activités industrielles.

Le Parlement européen a essuyé l'un de ses pires échecs en novembre 2023, en ne parvenant pas à se mettre d'accord sur une loi visant à réduire les pesticides, ajoutant un nouveau défi à ceux auxquels est déjà confronté l’environnement. Si les pesticides font partie intégrante de l'agriculture moderne, leur utilisation inappropriée présente des risques pour la sécurité alimentaire et la santé humaine. Les pays des Balkans sont par ailleurs confrontés à des problèmes supplémentaires, leurs normes n’étant pas les mêmes qu'en Europe, expliquent Katerina Topalova-Dejanovska, Dalibor Stupar, Gjon Rakipi et Jerina Rakipi dans le Tirana Times.

La glaciologue allemande Andrea Fischer, nommée Scientifique de l'année en Autriche, discute avec le quotidien viennois Kurier de l'impact évident du changement climatique sur les glaciers, et fait part de toute sa passion pour les paysages glacés. Leur vulnérabilité témoigne de la nécessité de s'attaquer sérieusement au changement climatique.

Les relevés du programme de collecte de données terrestres Copernicus confirment que l'année 2023 a été la plus chaude jamais enregistrée, marquant ainsi une étape décisive dans le réchauffement de la planète. La transformation du monde est déjà en cours, écrit Ferdinando Cotugno pour Domani. Le problème est qu'elle se fait encore trop lentement, alors que la crise climatique n’attend pas et que la fenêtre d’opportunité permettant d’éviter les pires effets du dérèglement climatique se ferme lentement. La question n'est plus de savoir ce qu'il faut faire, mais quand, et combien de temps il nous faudra pour agir.

Au moment où j'écris cet article (en janvier 2024), il neige en Italie. On serait tenté d’y voir un signe positif, preuve d'une planète qui ne se réchauffe pas tant que ça. En réalité, le changement climatique a également un impact sur les conditions météorologiques par temps froid et la hausse du mercure n'implique pas la disparition de l'hiver. L'Espagne, qui connaît un réchauffement plus important en été, prévoit par exemple un changement dans la répartition des températures. Le média espagnol Maldita met en garde contre l'idée fausse selon laquelle le réchauffement ferait disparaître les épisodes de froid extrême, mentionnant par exemple la tempête Filomena, qui a frappé l’Espagne en janvier 2021, et les fortes chutes de neige à Munich en décembre 2023.

Selon François Gemenne, spécialiste en géopolitique de l'environnement, la lutte contre le changement climatique nécessite d’adopter une perspective mondiale. Dans le Green European Journal, il affirme que l'avenir climatique de l'Europe dépend non seulement de ses actions, mais aussi des développements à l’échelle de la planète entière. Gemenne insiste sur la nécessité pour l'UE de collaborer avec les pays en développement, de stimuler les investissements dans les transitions énergétiques de ces derniers et de partager les technologies à faible teneur en carbone avec le reste du monde. Sans quoi le continent risquerait de devenir "une île décarbonée dans une mer de carbone".

Il suffit de jeter un coup d'œil pas plus loin que le coin de la rue pour s'en rendre compte. La Russie a qualifié d'"indésirables" des ONG internationales telles que Bellona, Greenpeace et le WWF, démantelant ainsi des organisations importantes dont les voix comptaient dans le domaine de l'écologie. Selon le Moscow Times, cette position anti-occidentale est le signe d'une répression à l'encontre des défenseurs de l'environnement, qui limite leur influence dans le pays et entrave la collaboration mondiale sur les défis environnementaux.

En cette nouvelle année, les valeurs démocratiques sont confrontées à des défis partout dans le monde. Les élections aux Etats-Unis, en Russie, en Inde et dans l'Union européenne pourraient voir encore plus de partis nationalistes et conservateurs prendre le pouvoir, qu’ils seraient moins enclins à utiliser pour lutter contre la crise climatique.

Alejandro Tauber, rédacteur en chef d'EUobserver, souligne quant à lui l'importance d'une société civile forte pour assurer un dialogue permanent entre les citoyens, les décideurs politiques et les organisations. Cette approche interconnectée vise à garantir que les politiques mises en œuvre après les élections s'alignent sur les préoccupations des citoyens et contribuent à résoudre les problèmes urgents auxquels est confrontée notre planète.

On peut avoir l'impression que la pression est forte, écrit Federica Di Sario dans POLITICO. Des milliers de personnes à Bruxelles sont confrontées à la difficulté de l'élaboration d'une législation sur le climat, à des négociations décourageantes et à un épuisement lié à leur travail. La fatigue se fait également ressentir du côté du public : les thérapeutes conseillent aujourd’hui de s'informer périodiquement plutôt que de se tenir constamment au courant de l’actualité, tandis que certaines ONG reconnaissent le problème et proposent des ateliers de bien-être et un soutien en matière de santé mentale.

Alors que nous disons au revoir à une année charnière pour la sensibilisation au climat, une nouvelle année s'ouvre et elle est pleine d'opportunités – ou plutôt d'appels urgents. Prenez des nouvelles de vos proches et veillez à ce que nos politiciens fassent leur travail.

Je vous souhaite une bonne année, en espérant qu’elle compte !

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Display Europe, European Cultural Foundation, European Union

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