2012, la révolution hollandaise

Il est terne, consensuel et pragmatique. Et pourtant, s’il est élu président de la République, le candidat socialiste pourrait changer le cours de la politique en Europe, assure un éditorialiste espagnol.

Publié le 24 avril 2012 à 14:31

Il n’y a pas si longtemps, si quelqu’un avait déclaré que François Hollande incarnerait pour des millions d’Européens l’espoir d’un début de révolte contre le statu quo asphyxiant, on l’aurait pris pour un fou.

Avec son allure de fonctionnaire ou d’honnête commerçant, sa personnalité pragmatique et consensuelle et ses idées politiques de centre gauche, François Hollande n’a rien d’un génie avec le panache de Cyrano de Bergerac, d’une figure historique comme de Gaulle ou d’un florentin comme Mitterrand. Et pourtant, signe que nous vivons une époque triste et médiocre, le candidat socialiste est désormais considéré sur l’ensemble du Vieux Continent comme le seul capable d’incarner Astérix : l’homme qui, depuis son irréductible village gaulois, résiste encore et toujours à l’empire germanique de l’austérité et des restrictions. Pour lui, stimuler la croissance et l’emploi devrait être le principal objectif européen en matière d’économie.

Un sens commun révolutionnaire

De mémoire récente, aucune élection présidentielle française n’avait eu la dimension continentale de l’élection actuelle. Berlin, Francfort, Bruxelles, Paris, Londres, Rome, Madrid, toutes les autres capitales européennes, ainsi que les fameux “marchés” et un nombre considérable de citoyens sont conscients de ce qui se joue avec ce scrutin. Soit le duo Merkozy continue de régner, avec son dogme de l’équilibre budgétaire à tout prix ; soit nous assisterons bientôt à la première véritable tentative d’intégrer l’expansion ou la relance économique, créatrice d’emploi, à l’agenda économique européen. C’est là un point crucial non seulement pour les pays mis sous tutelle ou sous surveillance – la Grèce, le Portugal, l’Espagne, l’Italie et la France elle-même – mais aussi pour l’Allemagne.

Comme l’a dit Thomas Paine, penseur de l’indépendance américaine, le sens commun doit parfois se faire révolutionnaire. Voilà ce qui est en train d’arriver à l’homme modéré qu’est François Hollande. Aucune de ses propositions n’est motivée par un gauchisme idéologique, un chauvinisme français, une envie de rompre l’axe Paris-Berlin ou un sentiment antieuropéen. Loin de là. Ce qu’il veut, c’est tenter de mettre fin à ce que Paul Krugman appelle “le suicide économique de l’Europe” comme vient de l’expliquer le FMI.

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François Hollande fait partie des personnes convaincues qu'une grave erreur de diagnostic a été commise et que, par conséquent, le traitement s'en est ressenti. Le malade européen souffre d'une grave tumeur (la croissance et l'emploi), mais l'équipe médicale dirigée par Angela Merkel ne s'emploie à soigner que l'un de ses autres maux : le surpoids (le déficit et la dette). Et, bien entendu, le régime amincissant drastique qui est imposé au patient n'a fait qu'aggraver le véritable problème, que personne n'a jamais cherché à résoudre. A la maladie se sont ajoutés des intérêts pécuniaires (les fameux marchés), le fondamentalisme idéologique néolibéral (limiter au maximum l'intervention de l'Etat) et les obsessions allemandes en matière de comptabilité (inflation insignifiante et aucun déficit).

"Changer le cours de l'Histoire"

François Hollande a brisé le dogme. Ses idées auraient été considérées comme timides Il y a des lustres, mais aujourd’hui, elles semblent insurrectionnelles. Au sein de l’UE, il défendra deux idées qui donnent des boutons à la chancelière allemande : la taxe sur les transactions financières et la création d’euro-obligations.

François Hollande, comme l’a écrit Miguel Mora dans El País, est celui qui, “pour de nombreux Européens, semble capable de changer le cours de l’Histoire”. Sa rébellion contre l’Allemagne d’Angela Merkel pourrait lui faire gagner des alliés, de façon plus ou moins explicite. Cela conviendrait très bien à l’Espagne, sans parler de la Grèce et du Portugal. Son insurrection pourrait même faire des adeptes en Allemagne, où le Parti social-démocrate demande un changement de cap européen en matière de croissance et d’emploi. Sans compter que ce parti pourrait sortir vainqueur des élections qui auront lieu en Allemagne en 2013, ou obtenir suffisamment de voix pour qu’Angela Merkel soit contrainte de former un gouvernement de coalition.

Pour le moment, tout est entre les mains des électeurs français. Paradoxalement, s’ils choisissent l’homme le moins charismatique que l’on puisse imaginer, François Hollande, leur décision pourrait avoir un impact considérable dans toute l’Europe. Et ils pourraient à nouveau faire date dans l’Histoire.

Contrepoint

Le même vieux remède français.

“Contrairement aux autres pays méditerranéens, la France continue à s'accrocher à l'idée selon laquelle la crise européenne actuelle a été causée par la mondialisation, le libre marché, le capitalisme anglo-saxon", écrit Rzeczpospolita. En dépit de leurs différences, les concurrents à l'élection présidentielle croient “qu'augmenter les impôts, vendre davantage d'obligations d'Etat et combattre le plombier polonais (ou le mendiant rom ou le chômeur tunisien) est la meilleure façon de lutter contre la crise”.

Selon le quotidien conservateur polonais, cette idée pourrait être problématique pour l'Europe, surtout si c'est François Hollande qui l'emporte. Lui qui a une vision de l'Europe complètement différente de celle d'Angela Merkel et qui entend stimuler l'économie par des augmentations d'impôts et davantage de dépense publique. Sa victoire, remarque Rzeczpospolita, pourrait “stimuler l'appétit de la gauche européenne” et annoncer “un virage political radical en Europe”, en vue des prochaines échéances électorales. En Grèce, puis aux Pays-Bas et enfin en Allemagne, en 2013.

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