Le sommet de Copenhague représentait la dernière chance, pour les quelque deux cents Etats formant la communauté internationale, de montrer qu'ils pouvaient incarner la solution au réchauffement climatique. Malheureusement, les événements au Danemark ont montré qu'ils faisaient davantage partie du problème. Le moment est donc venu de faire un bond qualitatif en avant, et de commencer à réfléchir au moyen de les priver de leur capacité de décision en ce qui concerne l'avenir de la planète. Cette proposition a des airs de révolution, mais elle ne doit pas alarmer : au fond, la politique ne consiste en rien d'autre qu'à déterminer combien d'autorité assigner à quel niveau de pouvoir pour résoudre quels problèmes.

Pour les acteurs politiques, la politique est l'art du possible, mais pour les politologues, la politique n'a rien du flair, c'est une science. S'il est une chose que nous savons, c'est que les mécanismes institutionnels sont importants. Autrement dit, que la possibilité de résoudre un problème est intimement liée aux outils que nous utilisons dans ce but. Nous ne possédons qu'une seule planète, or nous la gérons selon un système de gouvernement ridicule fondé sur un concept obsolète, la souveraineté. En son temps, la souveraineté fut une invention utile pour mettre fin aux guerres de religion et imposer une autorité centrale unique aux seigneurs féodaux. Mais aujourd'hui, alors qu'il nous faut prendre à bras-le-corps la question du changement climatique, les Obama, les Jiabao, les Medvedev, les Singh et les Lula ne se distinguent guère de ces seigneurs de la guerre soucieux de préserver leur autonomie à tout prix, même celui d'un désastre collectif.

L'art de réconcilier les intérêts nationaux

La vie ne manque pas d'exemples dans lesquels l'addition de décisions rationnelles du point de vue individuel débouche sur un désastre collectif, de la course à l'armement à la déforestation de l'Amazonie, en passant par les paniques bancaires et la disparition des anchois en mer Cantabrique : l'absence d'accord contraignant pour les parties en présence et de supra-autorité pour les superviser est généralement aux origines de l'échec. Le cas du changement climatique est emblématique d'un système chargé de prendre des décisions conçu structurellement de façon biaisée pour produire des résultats imparfaits. Etonnamment, l'Union européenne (UE), bien que restée en marge du conflit à côté des Etats-Unis et des pays émergents, possède deux atouts technologiques clés pour résoudre le problème du changement climatique. Un premier ensemble de technologies englobe les systèmes de bourses aux émissions polluantes (qui, quoique perfectibles, ouvrent une voie fondamentale), la capacité d'innovation de l'Europe tant dans l'amélioration de l'efficacité énergétique que dans le captage du CO2, ainsi que son expérience en matière de fiscalité verte. Autant de technologies indubitablement exportables et qui ont déjà permis à l'Europe de devenir numéro un mondial en termes d'efficacité énergétique, de réduction des émissions, d'énergies renouvelables, de fiscalité écologique, etc.

Mais la technologie la plus décisive dont dispose l'Europe est de nature institutionnelle. Aussi critiquable que soit son insignifiance sur la scène internationale, l'UE est la preuve tangible qu'il est possible d'apporter des solutions supranationales efficaces à des problèmes mettant en jeu des intérêts nationaux irréconciliables. L'Europe a résolu la rivalité franco-allemande, qui avait fait des millions de victimes, grâce à une formule inventive et équitable d'accès au charbon, à l'acier et à l'énergie nucléaire et de répartition de ces productions. Il semble évident aujourd'hui que seule une autorité supranationale, capable de fixer et de collecter des taxes écologiques à l'échelle internationale pour les redistribuer de façon équitable et financer grâce à ces recettes les adaptations et innovations technologiques nécessaires, pourra lutter contre le réchauffement climatique. L'UE possède donc, une fois n'est pas coutume, quelque chose qui s'apparente à une solution idéale. Il ne lui reste plus qu'à savoir la vendre. Vous voulez mon avis ? La planète n'est pas près de se refroidir.