Opinion Science, politique et Covid-19

En période de crise, la confiance se bâtit sur la transparence

La plupart des pays européens sortent du confinement et l’on commence à s’interroger sur qui avait raison, qui avait tort, où les approches ont été les plus efficaces, les leçons que l’on peut en tirer et comment nous pouvons demander des comptes aux gouvernements.

Publié le 29 juin 2020 à 13:20

Alors que nous regardons les leçons apprises, il est important de garder à l’esprit que la pandémie de Covid-19 n’est pas terminée. Il nous reste encore un long chemin à parcourir et si les gouvernements n’exposent pas clairement et de façon transparente les raisons qui les ont poussés à prendre telle ou telle décision, les données et recommandations sur lesquelles ils se sont appuyés, il est probable que la confiance des populations soit ébranlée, de même que la volonté de la société à abonder dans le sens des exigences qui lui sont imposées. 

L’examen des actions des gouvernements a entraîné des accusations selon lesquelles certains d’entre eux “ignorent la science” et d’autres les dévient en affirmant qu’ils ont “suivi les preuves scientifiques”. 

Cela donne un aperçu caricatural de ce qu’est la science et du rôle que les scientifiques jouent et devraient jouer lors d’une crise sanitaire publique. Ils devront continuer à tenir un rôle important, de la recherche de vaccins et de traitements ainsi que la modélisation de la propagation de la maladie, à l’évaluation des risques de différentes activités, en passant par l’examination de la meilleure façon de communiquer les nouveaux éléments. 

Ils doivent également conseiller les législateurs. Les gouvernements ont besoin d’entendre les avis d’un vaste éventail d’experts : épidémiologistes, virologues, psychologues, ou encore économistes. Les scientifiques doivent les aider à évaluer le statut en perpétuel changement de ce que l’on sait à un moment T, à comprendre les incertitudes suscitées et à proposer des solutions potentielles à ces problèmes. Mais pour une question aussi complexe, il n’y aura pas une seule réponse simple. Il incombe aux législateurs de prendre ces décisions et de guider leurs citoyens tout au long de la crise. 

Toutefois, il est difficile de se lancer dans un examen constructif sans savoir clairement qui formule les recommandations, de quoi il retourne et quelles décisions ont été prises. 

Entre autres déficiences structurelles, la pandémie a également révélé le manque de transparence des mécanismes de conseils scientifiques aux gouvernements, notamment dans les pays qui ont été durement touchés et dans lesquels il existe une volonté de rendre des comptes. 

NEWSLETTER EN FRANÇAIS

Au Royaume-Uni, la pression populaire a poussé le conseil scientifique du gouvernement, le groupe SAGE, à publier la liste de ses membres, ainsi que certains de ses rapports consultatifs. Cependant, des questions persistent sur la date à laquelle les conseillers ont préconisé un confinement et si le gouvernement les a ignorés ou non, entre autres. En Espagne, le manque de transparence à propos de qui déterminerait quelles régions pourraient passer à la phase suivante de déconfinement, et de quelle manière, a entraîné des confrontations publiques sur la scène politique.

Dire la vérité aux représentants du pouvoir

Le manque de transparence et de clarté sur quelles recommandations scientifiques ont été formulées à un gouvernement et quelles décisions celui-ci a ensuite prises ne pose pas seulement la question de la responsabilité. Il altère également la confiance populaire envers les décisions. Sans cette confiance, il sera plus compliqué d’inciter les citoyens à soutenir les décisions, et donc de mettre en oeuvre les mesures. 

Il est nécessaire que les scientifiques puissent dire la vérité aux représentants du pouvoir. Lorsque les scientifiques doivent critiquer les législateurs, ils formulent leurs conseils sur les réseaux sociaux, comme au Royaume-Uni, ou choisissent de démissionner, comme cela arrive en Belgique. Cela montre que les relations se détériorent. C’est la société qui perd la partie si ces canaux de communication sont rompus et que les législateurs ne sont pas réceptifs aux conseils, aussi malvenus soient-ils. 

Les bons rappels des meilleures pratiques pour l’interaction entre les conseillers scientifiques et les législateurs comprennent, par exemple, les Principles for Scientific Advice to Government (Principes pour des conseils scientifiques au gouvernement) au Royaume-Uni, le récent document produit par l’OCDE sur le sujet, ou encore ce court article écrit par le groupe espagnol Ciencia en el Parlamento (Sciences au Parlement). Tous trois réitèrent la nécessité que l’ouverture et la transparence composent la base d’une confiance mutuelle, mais aussi qu’elles disposent d’une dimension critique afin d’impliquer la société et de renforcer le processus démocratique. 

Effort collectif

Le Covid-19 a fait très clairement ressortir le besoin d’un effort collectif de la part de la société civile. Les gouvernements peuvent et doivent guider leurs citoyens à travers la crise, mais cela requiert des efforts de la part de tous afin de la surmonter. Les exigences envers les citoyens sont fortes : le personnel médical dispose d’équipements de protection limités, les travailleurs essentiels qui ont des enfants doivent travailler alors que les écoles sont fermées, certaines personnes doivent rester à la maison dans des conditions difficiles, des familles ne peuvent pas dire adieu à leurs êtres chers, etc. 

Des décisions telles qu’autoriser des personnes à aller boire un verre à la terrasse d’un café à tout moment de la journée, mais de ne leur permettre d’aller se balader qu’à une certaine heure prévue, comme l’a fait le gouvernement espagnol, ou celles de ne porter un masque que dans certaines parties de la rue, comme décidé par les autorités belges, risquent de paraître arbitraires et irrationnelles. 

Alors que la pandémie progresse, les gouvernements auront besoin de l’implication constante de leurs citoyens afin de surmonter la crise avec succès. Davantage d’exigences nous seront imposées à tous et les gouvernements devront constamment ajuster leurs décisions à mesure que la situation et les conseils évoluent, à l’instar de la France qui a dû fermer des écoles qui avaient pourtant réouvert. 

La confiance des citoyens envers leurs gouvernements est déjà très fragile dans de nombreux pays européens. Une récente newsletter du Parlement européen sur le suivi de l’opinion publique explique brièvement que les personnes “affectées par la pandémie de Covid-19 sont également généralement celles qui sont les plus pessimistes [sic] et les moins satisfaites de la façon dont leurs gouvernements affrontent la crise sanitaire.” 

Les gouvernements et les scientifiques doivent déjà contrer la désinformation sur les réseaux sociaux et une quantité assez écrasante d’informations non-contextualisées à propos de la pandémie, phénomène que l’on appelle parfois infodémie.

Voici un exemple de l’impact que cela pourrait produire : on s’inquiète déjà que le faible niveau de confiance puisse empêcher certaines parties de la population de se faire vacciner, si un tel vaccin finit par voir le jour. Et si cette part de la population s’élargit, tous les efforts déployés pour limiter la propagation du Covid-19 seront sérieusement compromis. 

Nous devons continuer à donner aux citoyens le pouvoir d’examiner et d’être impliqués dans les décisions politiques. Nous avons besoin de transparence, non seulement dans le processus de la prise de décisions, mais aussi dans les incertitudes et les difficultés qui existent. Nous devons embrasser les bénéfices des décisions qui changent face aux nouvelles preuves plutôt que de reprocher aux gouvernements leurs incohérences. 

La transparence en elle-même ne sera pas suffisante pour assurer une réponse adaptée à la crise. Mais ce n’est pas un luxe que nous pouvons ignorer.

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