Dernières retouches avant Schengen

La Commission européenne a reporté l’adhésion de la Bulgarie à la zone de libre circulation en raison du manque de progrès dans la lutte contre la corruption et la criminalité organisée. Et contrairement à ce qu’assure Sofia, elle ne remplit pas toutes les conditions.

Publié le 6 avril 2012 à 15:55
 | Des ouvriers finissent des travaux de peinture au poste frontière Kapitan Andreevo, entre la Bulgarie et la Turquie, en 2011.

“Une mince couche de peinture nous sépare encore de Schengen”. C’est avec ces mots que le Premier ministre avait évoqué notre adhésion à l’espace de libre circulation il y a un an. Ce jour-là, Boïko Borissov a vu rouge lorsqu’une journaliste autrichienne lui a demandé si la Bulgarie était vraiment prête, le pays étant considéré comme le plus corrompu et le plus gangrèné par la criminalité de toute l’Union européenne (UE).

“Notre frontière est mieux gardée que celle de nombreux autres pays de l’UE”, s’est-il énervé. En expliquant qu’il ne restait plus que “quelques bricoles” à accomplir avant de remplir toutes les conditions, comme le “rafraîchissement de la peinture d’un immeuble administratif” – allusion au centre d’accueil d’immigrés clandestins à la frontière turque.

Depuis ce centre a été repeint et il est fonctionnel ; mais la décision sur l’entrée de la Bulgarie dans l’espace Schengen a été, une fois de plus, reportée. Cette fois-ci jusqu’à septembre prochain.

Entretemps, selon l’aveu de tous, y compris de la Commission européenne, la Bulgarie a rempli les conditions dites “techniques” d’adhésion. A savoir, les systèmes d’information, l’équipement en logiciels, les formations des cadres de la Police des frontières, les outils de surveillance… Tout ce qui est du ressort du ministère de l’Intérieur est fin prêt.

Pas d’eau aux postes-frontières

Pourtant, le travail est loin d’être terminé, notamment en ce qui concerne l’autre aspect de cette adhésion : l’infrastructure et la rénovation des postes-frontières. Dans ce domaine, les travaux ne font que commencer comme a pu le constater une enquête de Troud.

A Vrachka Tchuka et Bregovo par exemple, les deux postes-frontières avec la Serbie dans le nord-ouest du pays, les travaux de rénovation sont chiffrés à quelque 500 000 lévas [environ 250 000 euros]. Lorsqu’on arrive à Vrachka, les fonctionnaires nous annoncent qu’ils n’ont pas d’eau.

Un panne de canalisation – ce qui arrive très souvent par ici apparemment. A cela s’ajoute une installation électrique obsolète, des sanitaires en piteux état et des pièces aux portes branlantes. “Nous avons encore beaucoup à faire”, reconnaît le préfet Tzvetan Videnov.

Il faut couler de l’asphalte, refaire toute la signalisation et, last but not least, construire une nouvelle guérite – comme l’atteste le cratère béant censé accueillir ses futures fondations… La situation est identique à Bregovo, mais là-bas les travaux n’ont pas encore commencé. “Ce sera fait d’ici cet été !”, s’engage le préfet.

Des travaux très chers

Le poste frontière de Malko Tarnovo avec la Turquie a été ouvert le 16 mai 1970. Depuis, on n’y a plus touché. Et tout est d’époque : les meubles, les papiers peints, les peintures… Des améliorations doivent également être faites à Kapitan Andreevo, le principal point de passage avec la Turquie.

Aujourd’hui, la bâtiment de l’ancienne boutique de marchandises hors-taxes est transformé en dépot. A terme, il devra accueillir les bureaux du nouveau Centre de contact entre la Bulgarie, la Turquie et la Grèce qui devra gérer les situation de crise, comme les innondations ou l’afflux massif d’immigrés. Le début des travaux, au prix d’un demi-million de lévas [environ 250 000 euros] , est prévu pour le mois de septembre prochain.

A l’autre bout de la Bulgarie, à Dunav Most, le principal poste-frontière avec la Roumanie sur le pont du Danube on espère également bénéficier de plus de moyens. Côté roumain, des travaux sur le pont sont prévus, ce qui inquiète au plus haut point les responsables bulgares. “On se retrouvera forcément avec embouteillage monstre et des files interminables de camions”, craint Vesko Marinov, adjoint au préfet de Roussé.

Avec la perspective de Schengen, l’ensemble de ce poste-frontière doit être repensé pour répondre aux besoins du contrôle unique entre pays membres. Des installations sont devenues obsolètes alors que la construction de nouvelles structures devient urgente : ici, les travaux sont estimés à cinq millions de lévas, de loin la somme la plus importante pour bénéficier du label de “pays membre de la zone Schengen”.

Média, entreprise ou organisation: découvrez notre offre de services éditoriaux sur-mesure et de traduction multilingue.

Soutenez le journalisme européen indépendant

La démocratie européenne a besoin de médias indépendants. Voxeurop a besoin de vous. Rejoignez notre communauté !

sur le même sujet