MAITEBALDI_POLLUTION USINE LEGRE MANTE_MARSEILLE-9 Aux abords du Parc national des Calanques, à Marseille, s'étend le vaste site de l'ancienne usine Legré-Mante, aujourd'hui clôturé. | Photo : ©Maite Baldi

Ces pollueurs qui ne paient pas : les entreprises font fi des lois européennes, les citoyens subissent

De Brescia (Lombardie) à la Flandre en passant par Marseille, le principe européen de responsabilité environnementale n’est appliqué qu’à moitié : si les entreprises sont obligées d’assainir les sites privés contaminés par leurs activités, les citoyens paient encore la facture finale.

Publié le 17 juillet 2026
MAITEBALDI_POLLUTION USINE LEGRE MANTE_MARSEILLE-9 Aux abords du Parc national des Calanques, à Marseille, s'étend le vaste site de l'ancienne usine Legré-Mante, aujourd'hui clôturé. | Photo : ©Maite Baldi

“Ils attendent juste que je meure moi aussi. Et après toutes ces années, ça ne devrait pas tarder : tous les autres autour de moi sont déjà morts. La vérité, c’est que rien n’a été fait pour nous ou pour nos terres ravagées et, à ce stade, il est évident que rien ne sera jamais fait”. Ces mots, Pierino Antonioli les prononce avec douceur, mais aussi avec résignation.

Il est l’un des agriculteurs dont l’existence a été bouleversée par les substances toxiques rejetées par la Caffaro Chimica de Brescia – un complexe industriel implanté à 900 mètres du centre historique de cette ville lombarde, à proximité d’une école primaire et des habitations. À Marseille, Maguy Fèvre, qui vit dans un quartier marqué par des taux “démoniaques” de pollution aux métaux lourds causés par l’usine Legré-Mante, lui fait écho : “ils n’attendent que ça, qu’on meure. Ils refilent le problème à d’autres parce qu’ils n’ont pas le courage de faire respecter la loi”.

Dans les foyers de ceux qui vivent à proximité de sites contaminés - à Brescia, tout comme à Zwijndrecht, en Flandre belge, et à Marseille – la même question revient sans cesse : si le principe du “pollueur-payeur” (PPP, voir encadré ci-joint) existe, pourquoi, des décennies plus tard, les citoyens continuent-ils de payer ? Stéphane Horel, journaliste d’investigation au Monde et coordinatrice du Forever Pollution Project, l’a fait remarquer avec amertume : les riverains finissent souvent par accepter un compromis, sans s’en rendre compte et dans une certaine solitude, au détriment de leur propre santé.

Les poisons de Brescia

Pierino et sa femme Franca n’ont jamais cessé de raconter leur histoire et celle de Caffaro Chimica, ouvrant à chaque fois les portes de l’ancienne ferme, située à quelques mètres au sud de l’usine, où le temps semble s’être arrêté.

Tout – du mobilier à l’agencement de la véranda – est resté inchangé de 2001 jusqu’à aujourd’hui, depuis que la pollution par les PCB (polychlorobiphényles), les dioxines, le chrome hexavalent, le mercure et les métaux lourds a été rendue publique, ainsi que ses répercussions : des sols, des eaux et des nappes phréatiques contaminés sur des kilomètres, des quartiers entiers à assainir, et plus de 30 000 familles touchées.

Très vite, les Antonioli ont découvert que ces PCB s’étaient infiltrés dans leur sang, les empoisonnant eux-mêmes, mais aussi leurs enfants. Les résultats des analyses étaient alarmants : 600 nanogrammes de PCB par millilitre de sang, alors que la limite – c’est-à-dire la quantité déjà trop élevée – était de 10 ng/ml.

Du jour au lendemain, Pierino a perdu le travail de toute une vie, et les moyens de subsistance. Tout était pollué : ses champs, ses animaux et ses cultures. Vingt-cinq ans se sont écoulés et, à ce jour, sa famille n’a toujours pas reçu d’indemnisation. À  l’inverse, elle s’est même retrouvée à un moment donné contrainte de payer une taxe foncière à la municipalité sur ses terrains contaminés, devenus inutilisables. “C’était le comble”, se souvient-il.

Aujourd’hui, Franca est âgée de 81 ans, Pierino en a 83, et leur sang est encore imprégné de PCB. Pierino suit un traitement contre son cinquième cancer.

Pierino Antonioli nella sua cascina, a Brescia, dove la sua famiglia vive da oltre un secolo. | Foto: ©Stefano Nicoli 
Pierino Antonioli dans sa ferme de Brescia, où sa famille vit depuis plus d'un siècle. | Photo : ©Stefano Nicoli

À quelques mètres au nord de leur ferme, des centaines de familles ont envoyé leurs enfants à l’école pendant des années, sans vraiment savoir ce qui se trouvait sous leurs pieds. “En 2006, nous avons appris que les enfants ne pouvaient plus sortir dans le jardin. Nous avons demandé des explications, mais personne ne nous a répondu”, raconte Guido Menapace, qui fait partie de ceux qui ont mené une mobilisation dans l’un des quartiers ravagés par Caffaro Chimica.

Il se souvient de la façon dont tout a commencé : “La pollution était bien là, les institutions le savaient, mais elles n’avaient pas communiqué à ce sujet. Nous avons dû le découvrir par nous-mêmes, en accédant aux dossiers et en reconstituant pièce par pièce ce qu’il s’était passé”.

Avant même de se heurter aux difficultés bureaucratiques, le mouvement a dû faire face à la méfiance des habitants : “Beaucoup nous disaient de laisser tomber”, explique Menapace. “Ils craignaient qu’en parlant de pollution, leurs maisons perdent de la valeur. Certains avaient même honte de dire qu’ils habitaient dans un quartier contaminé”.

Il aura fallu sept ans de manifestations, ainsi que l’occupation de l’école, du service de l’Environnement et de l’Agence Locale de Santé (ASL) pour obtenir des réponses. L'assainissement du jardin de l'école n'a eu lieu qu'en 2016. Quant aux parcs publics du quartier, où on disait aux enfants de ne pas marcher dans l'herbe, il a fallu attendre une décennie supplémentaire.

Guido Menapace è passato da papà ad attivista per riuscire a capire cosa stava realmente accadendo nella scuola delle sue figlie, a Brescia. Anche il suo quartiere è stato contaminato dalla Caffaro: per anni i bambini non hanno potuto giocare nei parchi. | Foto: ©Stefano Nicoli
Guido Menapace est passé du statut de père à celui de militant afin de comprendre ce qui se passait réellement à l’école de ses filles, à Brescia. Son quartier a lui aussi été touché par Caffaro : depuis des années, les enfants ne peuvent plus jouer dans les parcs. | Photo : ©Stefano Nicoli

Mais la facture n'a pas été réglée par les pollueurs : “Le principe devrait être simple : pollueur-payeur. Ici, ce sont encore les victimes qui paient”, dénonce Menapace. Et de rappeler que les travaux sont financés par des fonds publics qui “sont soustraits à d’autres services publics”, tandis que pour les terrains privés, la charge incombe toujours aux citoyens. “Beaucoup évitent de faire analyser le sol de leur jardin et de leur potager, car s’ils découvrent qu’il est contaminé, ils risquent de se retrouver obligés de l’assainir à leurs frais. Et la note est salée, ça peut aller de 1 050 à 1 200 euros par mètre carré : mieux vaut ne pas savoir”.

Un géant américain en Flandre

Depuis 2022, l'usine chimique 3M de Zwijndrecht est légalement tenue de mener des enquêtes et de procéder à l'assainissement des sols contaminés situés sur son propre terrain. Mais elle n'est cependant pas obligée d'indemniser les habitants des zones alentour pour la pollution subie.

Jeroen Van Reeth, qui aperçoit l'usine du géant américain depuis sa chambre, raconte sa surprise lorsqu'en 2021, la grave pollution aux PFAS (Substances per- et poly-fluoroalkylées, également appelées “polluants éternels”) a été rendue publique. “Il existe de nombreuses lois et les émissions sont strictement réglementées, nous pensions donc que la situation était maîtrisée”, se souvient-il.

L’exposition chronique aux PFAS, même à de faibles concentrations, a été associée à des lésions hépatiques, un taux de cholestérol élevé, une diminution des réponses immunitaires, un faible poids à la naissance et plusieurs types de cancer.

Jeroen Van Reeth, un habitant de la “zone rouge” de Zwijndrecht. Là où s'arrête son jardin privé, commence le terrain de 3M. Ce terrain est utilisé par l'entreprise pour mener des études et surveiller la santé des sols. | Photo : ©Simone De La Feld

Les voisines de Jeroen Van Reeth, Wendy D’Hollander et Stefanie Bellinkx, suivent encore les recommandations émises à l’époque par les autorités sanitaires : elles ont cessé de consommer les légumes et les œufs de leurs potagers et veillent à ce que leurs enfants ne jouent pas avec la terre du jardin.

Une étude de biosurveillance menée entre 2023 et 2025 par le gouvernement belge montre une tendance à la baisse des concentrations de PFOS (un composé spécifique des PFAS) dans le sang par rapport à 2021 et qu’il n’est donc pas possible de lier l’exposition aux PFAS à des effets sur la santé.

Mais les deux tests ont été réalisés par des autorités différentes, et avec des protocoles différents, ce qui pourrait entraîner un décalage entre les résultats.  “Pour eux, la plus grande crainte est qu’il y ait une corrélation entre leurs produits et des problèmes de santé”, explique Toon Peren, qui a toujours vécu dans la “zone rouge”.

Si le gouvernement flamand a décidé de ne pas étendre le programme d'analyses sanguines aux anciens résidents et à une zone géographique plus vaste que la “zone rouge”, les niveaux de contamination relevés lors des précédentes études de biosurveillance étaient tellement hors normes que 3M s'est engagée à retirer et à remplacer 70 centimètres de terre dans les jardins de la zone rouge.

“Il y a des gens qui ont travaillé leur jardin pendant vingt ans... et ils seront indemnisés pour le refaire. Mais ceux qui ne le souhaitent pas devraient pouvoir refuser que leur jardin soit fouillé. Certains ont même décidé de partir à cause de ça”, explique Els D'Hondt, ancienne habitante de Zwijndrecht.

D’autres choisissent de rester, malgré les dysfonctionnements. “Pour moi, c’est difficile de vendre ma maison à quelqu’un en sachant qu’elle est encore polluée”, explique Toon. Au-delà du lien affectif ou moral, il est devenu compliqué de vendre une maison à Zwijndrecht. Comme le racontent Els et Stefanie, si l’on refuse le cachet de l’hygiène publique, la maison sera enregistrée comme polluée sur le certificat de propriété : le prix de vente sera évidemment revu à la baisse. Les engagements de dépollution sont donc insuffisants pour couvrir le préjudice réel.

A Zwijndrecht l’Agenzia per l'ambiente delle Fiandre ha installato diverse stazioni di monitoraggio che raccolgono dati sui PFAS presenti nell'aria. Alcune di queste sono state posizionate nella pista ciclabile che connette la “zona rossa” – composta da case, fattorie e giardini – e la 3M. Foto: ©Simone De La Feld
À Zwijndrecht, l'Agence flamande de l'environnement a installé plusieurs stations de surveillance qui collectent des données sur les PFAS présents dans l'air. Certaines d'entre elles ont été placées sur la piste cyclable reliant la “zone rouge” – qui comprend des maisons, des fermes et des jardins – au site de 3M. Photo : ©Simone De La Feld

“Il reste encore environ 60 tonnes de PFAS dans le sol sous le site 3M, et ce n’est que la quantité connue, car les bâtiments à l’origine de la pollution vont être démolis”, prévient Van Reeth. “Mais comme il y a un cours d’eau qui traverse le site, la pollution s'écoule hors du canal ; pour finir dans les cours d'eau et dans le grand fleuve”. Pour Els D'Hondt, le combat s’apparente à celui de Don Quichotte contre les moulins à vent : “Assainir complètement le site nécessiterait de recourir à des techniques très coûteuses, qui ne sont pas accessibles dans une zone comme celle-ci”.

À Marseille, un deux poids, deux mesures 

“Ce que le tribunal a reconnu, c'est énorme”, commente Rolland Dadena, l’un des coordinateurs de l’Association Santé Littoral Sud (ASLS), sur le jugement rendu par le tribunal administratif de Marseille en décembre 2024. Celui-ci a condamné l’Etat français pour “carence fautive” et estimé qu’il aurait pu imposer l’assainissement du site contaminé par plus d’un siècle d’activité de plusieurs usines dans les calanques de Marseille, dont celle de Legré-Mante.

Cette décision marque un tournant dans la bataille menée par les associations locales – dont l’ASLS – contre l’Etat et le fonds d’investissement Ginkgo, aujourd’hui propriétaire du site et promoteur d’un vaste projet immobilier sur l’ancienne zone industrielle. Comme l’ont indiqué les juges, le terrain présente des concentrations de plomb, d’arsenic et de zinc jusqu’à 500 fois supérieures aux valeurs d’un terrain ordinaire, ce qui n’est pas sans conséquences sur les écosystèmes et la collectivité.

Mais cette victoire juridique n’a pas mis fin à l’injustice. Sur certains sites du Parc national des Calanques, l’Etat a lancé des opérations de confinement des polluants que Dadena qualifie de “titanesques”.

À Legré-Mante, en revanche, la responsabilité de l’assainissement incombe aujourd’hui à Ginkgo et le mécanisme s’est enrayé : bien que le jugement a imposé au préfet d’utiliser ses pouvoirs pour contraindre le propriétaire à entamer des travaux dans un délai de dix mois, rien n’a bougé. “Pourquoi ça a été possible là-bas et pas ici ?”, s’interroge Rolland.

La frustration règne dans le quartier. Maguy Fèvre, qui attribue le décès de son mari, emporté par un cancer du sang, à une exposition probable aux polluants, demande que le préfet impose à Ginkgo d’assainir le site avant toute construction.

Pour François, habitant du quartier et ancien ouvrier de Legré-Mante, le principe du pollueur-payeur “n’existe pas du tout, puisqu’il n’est pas respecté. Ce sont les propriétaires, les pollueurs, qui sont respectés, pas la population”.

L’ex fabbrica di acido tartarico Legré-Mante nel quartiere della Madrague, a Marsiglia. Chiusa dal 2009, il suo terreno di 85.000 m2 è oggi altamente contaminato da metalli pesanti che possono provocare saturnismo. | Foto: ©Maïté Baldi
L'ancienne usine d'acide tartrique Legré-Mante, située dans le quartier de la Madrague, à Marseille. Fermée depuis 2009, son terrain de 85 000 m² est aujourd'hui fortement contaminé par des métaux lourds pouvant provoquer le saturnisme. | Photo : ©Maïté Baldi

Les craintes sanitaires persistent : des métaux lourds ont été détectés dans certains jardins et les autorités ont recommandé de ne pas consommer les légumes cultivés sur place, ainsi que de prendre des précautions pour limiter l’exposition aux poussières contaminées.

Plusieurs habitants du quartier se sont donc joints à une plainte pénale collective pour “mise en danger de la vie d’autrui”. Ils réclament  une indemnisation, mais surtout la reconnaissance d’un préjudice moral. “On ne nous a jamais respectés”, conclut François.

Même les lieux pollués sont des lieux de bonheur

Une pollution détectée après des années, des institutions qui interviennent trop tard et des responsabilités dispersées. C’est la toile dans laquelle se retrouvent pris au piège les riverains, exposés quotidiennement à des substances nocives pour leur santé. Avec une question : juridiquement, “quel est le prix à payer ?”.

Stéphane Horel tente d’y répondre : “Que valent 30 années de vie supplémentaires si, à 50 ans, on tombe malade d’un cancer ? Même si on guérit, la santé reste compromise. Si les responsables politiques avaient été honnêtes sur les termes de ce contrat implicite, l’aurions-nous vraiment signé en tant que société ? Je suis certaine que non.”

In una riunione pubblica dell’ASLS a giugno 2026, i membri dell’associazione – tra cui il presidente Rolland Dadena, a destra – mostrano il contrasto tra i lavori realizzati nel Parco Nazionale dei Calanchi e lo stato di abbandono del sito inquinato di Legré-Mante. | Foto: ©Maïté Baldi
Lors d'une réunion publique de l'ASLS en juin 2026, les membres de l'association – dont son président, Rolland Dadena, à droite – soulignent le contraste entre les travaux menés dans le Parc national des Calanchi et l'état d'abandon du site contaminé de Legré-Mante. | Photo : ©Maïté Baldi

Le principe du “pollueur-payeur” n’a pas disparu, mais il s’est restreint : loin de la promesse de réparation, il n’est plus qu’une intervention partielle sur les sites contaminés. Depuis leurs jardins pollués mais chargés de souvenirs heureux, les habitants de Brescia, Marseille et Zwijndrecht se demandent encore pourquoi, alors même que leur responsabilité a été établie, les responsables de cette pollution ne les ont pas indemnisés pour les dommages causés à leur santé et à leurs biens ? Pourquoi, en somme, un principe aussi clair et limpide que celui du “pollueur-payeur” n'a pas été concrètement appliqué.

Pendant des années, Pierino et sa femme Franca ont vécu d’une petite retraite de quelques centaines d’euros. “Nous sommes des gens simples : nous avons peu de besoins”, poursuit Pierino, entre humilité et résignation. “On parle régulièrement d’argent pour l’assainissement, d’indemnités versées par l’Etat. Nous, nous n’avons jamais reçu un centime. Et nous sommes vieux désormais…”

Le principe du “pollueur-payeur”

Le principe : Le principe du “pollueur-payeur” (PPP) est un pilier du droit environnemental de l’Union européenne, consacré par le Traité sur le fonctionnement de l’Union européenne : il établit que les coûts de la prévention, du contrôle et de la réparation de la pollution doivent être pris en charge par celui qui en est responsable, et non par ceux qui en subissent les conséquences.

Origine : Introduit en 1972 par l’OCDE, ce principe a été progressivement étendu des coûts de prévention et de contrôle de la pollution à la responsabilité pour les dommages environnementaux causés – même lorsque la pollution ne dépasse pas les limites légales ou résulte d’événements accidentels.

Application : Au sein de l’UE, le principe du “pollueur-payeur” s’applique grâce à la directive sur la responsabilité environnementale (ELD), qui impose des mesures préventives en cas de menace imminente et exige l’assainissement ou la remise en état lorsque le dommage se produit. Ce principe est également transposé dans les directives-cadre sur les déchets et sur l’eau, ainsi que dans la législation relative à l’évaluation des conséquences sur l’environnement.

Qu'est-ce qui relève de la responsabilité du pollueur et qu'est-ce qui n'en relève pas ?  Le principe du “pollueur-payeur” oblige le responsable à assainir les sites contaminés et à restaurer l’environnement, mais ne garantit pas automatiquement l’indemnisation des personnes touchées pour les dommages sur la santé, le patrimoine ou les activités économiques. Pour obtenir une indemnisation, les citoyens doivent intenter une action en justice, prouver le préjudice et le lien de causalité avec la pollution. Aucune protection collective automatique n’est prévue par le droit européen.

Problématiques : Selon un rapport spécial de la Cour des comptes européenne publié en 2021, l’application du principe du pollueur-payeur reste incomplète. Très souvent, les coûts de l’assainissement reposent encore sur les finances publiques, notamment lorsque le responsable n’est pas identifiable, qu’il ne peut pas payer ou que la législation ne prévoit pas d’instruments adéquats. La Commission européenne a réaffirmé que la dépollution liée aux PFAS doit également respecter le principe du “pollueur-payeur”, en réservant les ressources publiques aux “sites orphelins”. Malgré cela, l’UE ne dispose toujours pas d’une législation uniforme en matière d’indemnisation des dommages causés à la santé : la protection des citoyens dépend davantage des législations nationales et de la capacité de chacun à intenter une action en justice.

Bilan de qualité : Reconnaissant que le principe n’est appliqué que partiellement, la Commission européenne a lancé un “bilan de qualité”. Il s’agit d’une évaluation globale du PPP dans 76 décisions et fonds de l’UE au sein des 27 Etats membres pour examiner qui prend en charge les coûts de prévention, de contrôle et d’indemnisation environnementale. La publication était prévue pour 2025, mais le rapport n’est pas encore accessible.

La Cour européenne des droits de l’homme (CEDH) : Une protection parallèle émane de la Cour européenne des droits de l’homme (CEDH), qui n’applique pas directement le principe du “pollueur-payeur”, mais peut statuer sur la responsabilité des Etats pour inaction face à la pollution, en invoquant pour cela le droit à la vie (art. 2), le respect de la vie privée (art. 8) ou l’interdiction des traitements inhumains (art. 3).

Deux arrêts récents ont envoyé des signes d’espoir : en 2024, dans l’affaire Klima Seniorinnen c. Suisse, la Grande Chambre a reconnu que l’inaction climatique d’un Etat peut constituer une violation des droits fondamentaux.

Puis, en 2025, dans l’affaire Cannavacciuolo c. Italie, la Cour a constaté une violation du droit à la vie dans la “Terra dei Fuochi” (“terre des feux”), cette zone du sud de l’Italie où des déchets dangereux ont été brûlés illégalement pendant des décennies. En utilisant pour la première fois des études épidémiologiques comme éléments de preuve, la Cour a imposé à l’Italie de procéder à l’assainissement des lieux, d’indemniser les victimes et d’informer la population dans un délai de deux ans.

🤝 Cette enquête a été réalisée avec le soutien Journalismfund Europe.

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