Faiseur de paix, un métier difficile

Diplomates, soldats, policiers : des Balkans à l’Afghanistan, l’UE déploie des missions de maintien de la paix parfois ambitieuses. Mais faute d’organisation ou d’implication des Etats-membres, les résultats sont rarement à la hauteur, pointent deux experts dans un rapport.

Publié le 21 octobre 2009 à 13:58
 | Un officier de la mission EUPOL dans la province afghane d’Oruzgan. ©EUPOL Afghanistan

L’UE est fière de son « pouvoir civil ». En cas de besoin, Bruxelles peut envoyer dans n’importe quel foyer de crise dans le monde 10 000 policiers et profiter des connaissances, de l’expérience et des contacts de plus de 40 000 diplomates. De plus, ses émissaires peuvent puiser dans le plus gros budget au monde alloué au développement. Sauf que tout cela est largement illusoire, confirment Daniel Korski et Richard Gowan, les auteurs d’une analyse publiée par le Conseil européen des relations étrangères (ECFR).

« Les missions modèles de maintien de la paix n’existent pas. Ni l’ONU, ni les Etats-Unis ne peuvent s’en prévaloir. Cela ne signifie pas pour autant qu’on ne peut rien apprendre d’eux dans certains domaines. Prenons pour exemples l’efficacité des diplomates américains, ou la logistique des missions de l’ONU qui est parfaite« , assure Daniel Korski, l’un des auteurs du rapport, qui a participé à des missions internationales de maintien de la paix internationales, notamment dans les Balkans et en Afghanistan. Le problème le plus grave auquel est confronté Bruxelles est le manque de personnel formé pour intervenir efficacement. Après plusieurs années de fonctionnement, même l’une des missions européennes les plus importantes (la mission de police de l’UE en Afghanistan) est gérée par environ 150 agents, contre 400 initialement prévus, souligne Daniel Korski.

Des modèles d’action exportés sans réflexion

Les auteurs du rapport soulignent cependant qu’une forte présence des formateurs et des fonctionnaires européens ne garantit pas le succès d’une mission. Ainsi dans les Balkans, où la police envoyée par l’Union européenne essaie en vain depuis une décennie d’introduire de l’ordre et le respect de la loi, et fait toujours face aux organisations criminelles internationales, qui traitent cette région comme « un terrain d’action sans limites« .

Pis encore, les modèles d’action sans efficacité, tout comme les solutions trouvées dans les conditions spécifiques des Balkans, sont exportés et appliqués sans réflexion dans les pays géographiquement et culturellement lointains. C’est principalement pour cette raison que les missions européennes – bien que la politique européenne de sécurité et de défense ait déjà dix ans – sont toujours considérées comme « petites, dépourvues d’ambition et stratégiquement insignifiantes. »

Les Etats membres fautifs

Cette situation n’est pas uniquement le résultat de la négligence ou de l’indifférence de Bruxelles. Les Etats membres ont de quoi rougir eux aussi. Les auteurs du rapport ont divisé les pays de l’UE en quatre groupes : les « professionnels« , « ceux qui cherchent« , les « agnostiques » et les « neutres« . La Pologne est dans le troisième groupe des pays qui semblent peu convaincus de la valeur des missions civiles.

Korski et Gowan sont implacables avec les faiblesses de Varsovie: son personnel intervenant est presque exclusivement policier (fait dû aux insuffisances de la loi polonaise qui interdit l’envoi en mission du personnel civil), les problèmes de planification et de coordination de la coopération entre les différents ministères. Malgré tout cela, la Pologne a rempli ses engagements à 44 %. Ce qui est un excellent résultat, si on le compare à l’Espagne ou au Royaume-Uni (où le personnel des missions est très bien préparé, les Britanniques étant des « professionnels » dans ce domaine).

DIPLOMATIE

L’aide européenne devra être surveillée de près

L’un des effets de la ratification du traité de Lisbonne sera la création d’un nouveau service diplomatique de l’UE, le service européen pour l’action extérieure. Dans le Guardian, David Cronin souligne que ce nouveau corps diplomatique fort d’un réseau de 5 000 fonctionnaires, sous tutelle du nouveau Haut représentant de la politique étrangère européenne, « devra être attentivement surveillé« . La méfiance de Cronin s’explique par le fait que ce nouveau service aura en charge, non seulement la politique étrangère et la sécurité de l’UE mais aussi le commerce et l’aide au développement.

« Il y a un risque énorme que cette aide – censée lutter contre la pauvreté – soit instrumentalisée en faveur d’une stratégie basée sur les intérêts propres à l’Europe« . Une telle politique, argumente Cronin, a déjà eu des effets sur le choix des aides allouées. « Désireux de jouer un rôle dans la guerre de George Bush contre le terrorisme, des fonctionnaires européens ont cherché à utiliser une partie des aides au développement affectées pour les Philippines, la Colombie, l’Indonésie, le Pakistan, la Malaisie, pour des projets dédiés à la sécurité« . L’aide allouée aux pays dépend également de leur action pour infléchir le flot des migrants vers l’Europe. « Certaines opérations de sécurité sont parfois nécessaires mais elle doivent être financées sur d’autres budgets, pas ceux réservés aux pauvres« , conclut-il.

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