L’austérité pousse les Européens dans la rue

Des centaines de milliers de personnes ont participé aux manifestations organisées dans toute l’Europe par la Confédération européenne des syndicats pour protester contre les politiques de rigueur. Pour la presse européenne, cette fatigue vis-à-vis de l’austérité remet en question la manière dont l’assainissement budgétaire est mené.

Publié le 15 novembre 2012 à 13:03

Alors que les transports étaient paralysés dans plusieurs pays par des mouvements de grève, des affrontements ont eu lieu en Espagne, au Portugal et en Italie entre manifestants et forces de l’ordre.

Pour El País, qui titre sur « les centaines de milliers de personnes” qui “exigent dans la rue que [le Premier ministre Mariano] Rajoy rectifie sa politique”, celle d’hier est une « protestation paneuropéenne […] contre le diktat de l’austérité » :

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Dans plusieurs pays, on a assisté à des manifestations et des démonstrations, renforcées par des grèves partielles en Italie et en Grèce. Elles n’ont pris la forme de grèves générales qu’au Portugal et en Espagne, dans un exemple de réflexe ibérique qui donne l’impression que les situations sociales des deux pays se rapprochent. En tout cas, la protestation paneuropéenne implique un mouvement de solidarité sans précédent contre les coupes budgétaires et les sacrifices des populations à cause des objectifs de déficit, qui, d’après les syndicats, sont les raisons directes de la récession et du chomâge massif dans l’Europe méridionale. Pour cette raison, les institutions européennes doivent également se considérer comme interpellées par ceux qui ont protesté hier. Preuve en est, la conférence de presse (improvisée) du commissaire européen aux Affaires économiques et monétaires, Olli Rehn, qui a appelé le gouvernement espagnol à ne pas serrer davantage la vis à ses citoyens en 2013.

Pour les économistes”, note à Rome La Repubblica, “les protestations sont surtout la preuve qu’une politique indiscriminée de coupes et de hausses choc se transforme en un boomerang au lieu de répandre la confiance » :

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L’augmentation des impôts et la réduction des dépenses publiques produit moins de croissance ; moins de croissance veut dire moins de revenus fiscaux ; le déficit augmente et ça recommence. Ces deux dernières années, l’aggravation de la crise en Grèce a été l’exemple le plus extrême, mais aussi le plus transparent, du cercle vicieux de l’austérité à tout prix. […] Les résultats sur la croissance commencent à se faire sentir également en dehors des pays traditionnellement fragiles. Après les Pays-Bas, la France commence à perdre du souffle et surtout, l’ombre de la récession frôle l’Allemagne. […] Lors de la journée de révolte européenne contre l’austérité hier, il n’y a pas eu de grèves en Allemagne. Dans un an, on verra.

La violence contre l’austérité gagne le Portugal”, déplorePúblico, au lendemain de la grève générale qui a dégénéré en heurts entre la police et les manifestants, près du Parlement à Lisbonne. 48 personnes ont été blessées et 9 autres arrêtées.

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Ce qui agite les manifestants, qu’ils soient violents ou pacifiques, organisés ou seuls, est le désespoir dans lequel la situation les plonge. La chute du pouvoir d’achat, les coupes dans les services publics et le chômage ont toujours été, et restent, les étincelles qui allument la révolte sociale. Sans réponses politiques, nous continuerons de vivre avec des images d’Athènes qui jusqu’à récemment nous semblainet impossible dans les rues de nos villes.

Les gens ne veulent pas que le gouvernement coupe les prestations sociales, les salaires les plus bas dans l’administration et qu’il augmente les impôts”, écrit Gazeta Wyborcza. “Mais”, souligne le quotidien de Varsovie,

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ils ne disent pas comment le gouvernement est censé rembourser la dette qui s’est accumulée au fil des ans afin de financer le généreux système d’aides sociales. L’idée que seuls les riches doivent payer pour la crise est politiquement correcte — à défaut de l’être économiquement. Dans chaque pays, les riches ne constituent qu’un petit groupe. Le budget de l’Etat est financé par les classes moyennes, qui supportent le poids le plus lourd de la crise. La crise de la dette européenne est en fait une crise du modèle social européen.

L’Europe fait grève, l’Allemagne regarde”, constate enfin la Tageszeitung. Pendant que “des millions d’employés sont en grève pour protester contre les conséquences de la politique de crise de l’Union européenne, les collègues de l’Etat gagnant de la crise envoient leurs salutations solidaires”, ironise le quotidien alternatif. Car en Allemagne, les syndicats sont critiqués pour ne pas avoir suffisamment mobilisé la population. Pour la **Tageszeitung, qui rappelle une expression reprise par Angela Merkel pour désigner une personne ou un pays économe, voire avare, la raison de cette indifférence relative est que**

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la crise n’est encore arrivée ni dans les têtes, ni dans les portefeuilles. De nombreux salariés pensent que davantage de mentalité de ménagère souabe ne ferait de pas mal à l’Europe du Sud.

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