Les électeurs tournent la page Tadić

A la surprise générale, le nationaliste Tomislav Nikolić a remporté la présidentielle, face au chef de l’Etat sortant, le pro-européen Boris Tadić. Alors que la Serbie est candidate à l’adhésion à l’UE, son élection devrait modifier l’attitude de Belgrade vis-à-vis de Bruxelles.

Publié le 21 mai 2012 à 15:24
Boris Tadić propulse Tomislav Nikolić vers la victoire.

Elu avec 49,5% des voix, Nikolić met fin à dix années de pouvoir des réformateurs. Cet ancien proche de l’ultranationaliste Vojislav Seselj, jugé actuellement par le Tribunal pénal pour l’ex-Yougoslavie, s’est toutefois voulu rassurant sur son engagement pro-européen.

« Nikolić a gagné » titre sobrement Danas, au lendemain du vote. Encore sous l’effet de la surprise, le quotidien belgradois met l’accent sur la première déclaration de Nikolić :

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Mon élection est la preuve de la justice divine.

Politika titre également avec sobriété « Tomislav Nikolić président », soulignant la forte abstention (près de 50% des inscrits n’ont pas voté) ainsi que le grand nombre de bulletins nuls (3%). Le journal belgradois considère que :

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Les résultats des élections montrent que les Serbes ont voté plutôt contre Tadić que pour Nikolić, en soulignant que le nouveau pouvoir doit très probablement faire face à la cohabitation [avec une majorité parlementaire opposée] ce qui va compliquer la formation du nouveau gouvernement.

Blic, qui titre ironiquement sur le “président diplômé” en raison du diplôme d’économie que le nouveau président aurait obtenu dans une Université privée dans des conditions douteuses, reprend à son compte l’analyse d’Ivica Dacić, le chef du Parti Socialiste Serbe, pressenti comme futur Premier ministre après les élections législatives du 6 mai, qui annonce que l’élection de Nikolić

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crée une nouvelle situation sur la scène politique serbe.

Le portail e-novine, pour sa part, trouve que la victoire de Nikolić représente une saine gifle à la figure de la société serbe, et qu’il faut chercher les raisons de la défaite de Tadić dans le l’absence de résultats concrets de son gouvernement depuis quatre ans :

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L’arrogance de Tadić, la concentration des pouvoirs, les médias inféodés (Blic, Kurir, B92), ainsi que la tentative de s’accaparrer pour la troisième fois le mandat présidentiel, contrairement aux règles démocratiques et à la Constitution, ont produit un effet contraire.

Chez les voisins croates, on ne prend pas de gants pour parler de l’élection : Jutarnji list titre ainsi “tremblement de terre politique en Serbie, l’ancien radical élu Président”. Le quotidien zagrebois souligne :

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Les Serbes ont opté pour le changement qui, à en croire les premiers propos de Nikolić, ne remet pas en question la voie pro-européenne. Toutefois, ses déclarations contradictoires et la volatilité de ses convictions politiques laissent quelques doutes.

L’UE non plus n’a apparamment pas peur de Nikolić, à en croire le message de félicitation que Bruxelles a envoyé au nouveau Président serbe… Trois heures avant la fermeture des bureaux de vote, ironise le quotidien croate. Quant à la politique régionale, Jutarnji list estime que l’arrivée deNikolić au pouvoir ne produira pas forcement la détérioration des relations avec la Croatie, car :

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Il a renoncé à l’idée de la Grande Serbie, dont il avait été adepte à l’époque où il a été proche de Seselj.

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