Opinion UE et déforestation

L’Europe doit aider les peuples autochtones à protéger l’Amazonie

Face aux assassinats de défenseurs de la forêt amazonienne et la déforestation, les parlementaires européens Anna Cavazzini, Tilly Metz, Michèle Rivasi et Marc Tarabella appellent les instances de l’Ue à davantage de fermeté et d’engagement.

Publié le 14 octobre 2020 à 08:22

D’après un sondage publié fin août 2020, plus de 70 % des Brésiliens approuvent le travail des leaders autochtones dans leur effort de protection de l'Amazonie. Entre août 2019 et juillet 2020, il y a eu 35 % de déforestation en plus dans la forêt amazonienne par rapport à l’année précédente. Sur l’année 2019, l’ONG britannique Global Witness estime qu’au moins 33 défenseurs de la forêt amazonienne ont été tués, dont 90 % au Brésil. L'exploitation forestière est le secteur qui a connu la plus forte augmentation des meurtres au niveau mondial depuis 2018, avec 85 % d'attaques supplémentaires enregistrées contre les opposants à cette industrie. Ces chiffres appellent une réaction ferme.

Plus de 60 ONG ont adressé une lettre au Congrès brésilien, aux investisseurs étrangers et aux parlementaires européens, demandant cinq mesures d'urgence pour contenir la crise de la déforestation dans la forêt amazonienne. 

La toute première urgence est l'instauration d'un moratoire sur l'exploitation forestière pendant au moins cinq ans. Ensuite, elles demandent des peines plus sévères pour les crimes environnementaux, l’accaparement des terres et la déforestation illégale, telles que le gel immédiat des avoirs des 100 plus grands délinquants forestiers du pays. Elles souhaitent aussi une reprise immédiate du Plan d'action pour la prévention et la maîtrise de la déforestation en Amazonie, abandonné par le gouvernement brésilien, ainsi que la reconnaissance des terres indigènes en cours de titularisation. Elles exigent enfin la restauration des pouvoirs des agences fédérales brésiliennes dont les politiques de lutte contre la déforestation et la protection des droits indigènes ont été mises à mal depuis l’arrivée au pouvoir de Jair Bolsonaro. 

Toutes ces mesures sont salutaires. Mais de Greenpeace devant l’Elysée à l’association Sherpa, qui met en cause, à travers la loi devoir de vigilance, le groupe Casino pour ses liens avec la déforestation au Brésil, les nombreuses réactions des ONG ne peuvent suffire.  Il faut maintenant que les Etats suivent ! L’Union Européenne, premier partenaire commercial du Brésil, doit aider à préserver l’Amazonie. Soyons sans complaisance. L’Europe doit user des moyens de pression dont elle dispose.

Nous, élus européens, sommes convaincus que les droits des peuples autochtones vont de pair avec ceux de la forêt.

La Commission européenne a menacé de saisir l’Organisation mondiale du commerce si les tractations commerciales Etats-Unis / Chine, conclues en mai dernier, sont contraires à ses intérêts. Elle pourrait suivre cette même stratégie pour l’Amazonie et suspendre les importations de bois, de viande et de soja tant que ne seront pas appliquées les politiques de protection de la forêt au Brésil. Exigeons des banques européennes d’arrêter de financer l’industrie de viande brésilienne, première responsable de la déforestation en Amazonie. Rejetons l’accord UE-Mercosur, qui doit encore être ratifié par le Parlement européen et les Etats-membres de l’UE.

Nous, élus européens, sommes convaincus que les droits des peuples autochtones vont de pair avec ceux de la forêt. En janvier 2020, 600 représentants des 45 peuples autochtones ont signé le manifeste de Piaraçu en défense de leurs droits. Ce texte constitue une base pour reconnaître leur rôle de protection de l’Amazonie et devrait, depuis le Parlement européen, inspirer les décisions dont nous sommes saisis concernant le poumon de notre Terre. Notre avenir collectif dépend du devenir de la forêt amazonienne et de ceux qui la protègent. Il est temps de mettre ces paroles en actes.

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