C’est "l’heure de la Libye", affirme El País, pour qui l’intervention de l’OTAN a été "la bonne option", même s’il faudrait s’interroger sur le retard dans la prise des premières décisions et sur la "surprenante improvisation" qui a accompagné la mise en oeuvre du dispositif militaire. La période qui s’ouvre en Libye sera marquée par "l’incertitude", et "personne ne peut se permettre de faire des erreurs" : ni les chefs rebelles, ni la communauté internationale qui, "après plusieurs décennies de mauvaises politiques dans la région, a à présent l’opportunité de contribuer au progrès de la liberté".
"Renverser les dictateurs demande moins de temps que de restaurer la normalité dans les pays qu’ils tenaient sous leur botte", note dans Gazeta Wyborcza l’éditorialiste Jacek Pawlicki, selon lequel "juger le dictateur — si jamais cela se produit — ne sera qu’un petit pas vers l’objectif d’une Libye pacifique, stable et territorialement intègre, un exportateur crédible de pétrole et un centre politique important dans le Maghreb". Une reconstruction que les Libyens ne pourront faire "avec la seule aide des Etats-Unis, de l’OTAN et de l’UE", estime Pawlicki, pour qui devront participer également "la Chine, la Russie, la Turquie et les autres pays arabes et africains".
Plus sceptique, son confrère de Rczeczpospolita Marek Magierowski estime que "l’UE peut conseiller les Libyens sur le moyen d’organiser des élections libres, comment créer un système de partis politiques ou les soutenir financièrement, mais tôt ou tard, les conseillers vont rentrer à Bruxelles, les fonds vont s’épuiser et la Libye restera seule. Ce sera un processus très douloureux, car, tout comme l’Afghanistan, la Libye est un Etat composite, une constellation de 150 tribus ayant chacune des intérêts propres. Une Libye démocratique et pacifique est une perspective séduisante, mais elle apparaît lointaine".

Selon Fisk par ailleurs, la Libye ne sera pas le dernier pays à vivre les effets du "Printemps arabe" : Bahrein, l’Arabie Saoudite, la Jordanie, le Yémen et, surtout, la Syrie, sont les prochains sur la liste. Car, demande-t-il, "combien de temps passera-t-il avant que les Européens se demandent pourquoi, si l’OTAN a été si efficace en Libye, elle ne pourrait pas être employée contre les légions d’Hafez el-Assad en Syrie, en utilisant Chypre comme porte-avion" ?
Pour le Spiegel, la déroute de Kadhafi est un "Triomphe pour Sarkozy" et "une honte pour Merkel" : "le gouvernement ne voulait absolument pas participer à l’intervention militaire contre la dictature de Kadhafi", écrit le magazine, "maintenant on connaît la portée de cette mauvaise décision." Le sort du régime Kadhafi est un "succès de Nicolas Sarkozy, des Américains et des Britanniques", affirme encore Der Spiegel, selon lequel "la crédibilité de l'Allemagne comme défenseur des droits de l'homme et sa réputation comme partenaire fiable en ont pris un coup".

Dans le Corriere della Sera, l’éditorialiste Antonio Ferrari invite toutefois l’Union européenne à "ne pas rester spectatrice" des changements en cours dans le monde arabe : "ce qui se passe dans le monde arabe devrait répandre la conviction qu’il existe la possibilité de transformer les ‘révolutions de printemps’ en véritable opportunité, ou encourager les différents pays à ce qu’elle le devienne. Nos voisins immédiats en tireraient un avantage et nous aussi."

La concurrence entre Paris et Rome sur l’après-Kadhafi s’exerce également au niveau commercial, et en particulier autour du pétrole, note La Stampa, selon laquelle "la France et l’Italie visent à faire le plein de pétrole libyen. La Russie, la Chine et le Brésil", dont des sociétés pétrolières étaient implantées en Libye et qui étaient opposées à une intervention militaire, "risquent de le payer le prix fort".
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