Manifestation à Caen (Normandie), le 19 octobre 2010

Une protestation qui va au-delà des retraites

Les cuves des stations-service sont vides, les manifestants brûlent des voitures et les écoles sont fermées. La France est paralysée par les grévistes qui s’opposent à la réforme des retraites. Il ne s’agit pourtant pas seulement du problème des retraites, c’est le système Sarkozy qui est mis en cause.

Publié le 19 octobre 2010 à 12:22
Manifestation à Caen (Normandie), le 19 octobre 2010

Et voilà que les routiers s’y mettent. Depuis le week-end dernier, les chauffeurs de poids lourds bloquent les routes pour exprimer leur opposition à la réforme des retraites. Les employés des raffineries, eux, sont déjà passés à l’action : les barricades qu’ils ont dressées autour des dépôts de carburant pourraient priver le pays d’essence. Cela fait déjà plusieurs jours que les cheminots sont en grève et les lycéens et les étudiants se préparent à prendre la tête du mouvement. Tous veulent descendre dans la rue pour un septième jour de mobilisation nationale contre la réforme des retraites.

Les sociologues mettent en garde contre le risque d’incendie généralisé. Les nerfs sont à vif et les esprits bien échauffés, d’autant plus que les manifestants se sont déjà trouvé un martyr : Geoffrey Tidjani, 16 ans. Pris entre les jeunes manifestants et les policiers à Montreuil (Seine-Saint-Denis), il a été blessé par un tir de flash-ball qui pourrait lui faire perdre un œil.

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Débat

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"Il y a quelque chose de légèrement ridicule à voir des écoliers manifester pour protéger leur retraite", écrit Gideon Rachman dans le Financial Times. Mais les grèves en France, explique-t-il "perturbent très sérieusement l'économie, menaçant le pays d'une prochaine pénurie d'essence". Avec en toile de fond la crise économique et le déficit français de 5% supérieur au seuil de 3% du PIB fixé par le pacte européen de stabilité et de croissance, Rachman fustige les Français pour ne pas "réaliser la gravité potentielle de leur situation… La proposition de leur gouvernement de repousser l'âge de la retraite de 60 à 62 ans est une réforme indéniablement très modérée lorsqu'on la compare aux coupes salariales, aux retraites et dans les services publics qui sont imposées dans les autres pays européens frappés par la crise de la dette, comme en Grèce, en Espagne, en Irlande et même en Grande-Bretagne… Il faudrait peut être une vraie crise fiscale pour finalement persuader les Français que, comme l'a dit un jour Margaret Thatcher : 'Il n'y a pas d'alternative'".

Philippe Marlière, maître de conférences à l'University College de Londres, présente pour sa part dans The Guardian un point de vue très différent : "Le gouvernement a de façon condescendante labellisé les jeunes grévistes comme des 'jeunes manipulés', mais ces commentaires ont permis seulement de galvaniser les jeunes…Les parents s'inquiètent du futur de leurs enfants, ils ne les empêcheront donc pas de manifester". L'universitaire constate "un sentiment d'indignation morale" face à une politique qui consiste à "imposer un remède néolibéral pour soigner une maladie causée par ces mêmes politiques néolibérales. Les Français ne sont pas hostiles aux réformes : ils exigent simplement que ceux qui redistribuent la richesse et qui allouent les ressources le fassent en direction de ceux qui en ont le plus besoin".

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