Décryptage Tensions nationalistes dans les Balkans
Milorad Dodik (au centre), le président serbe Alexandre Vucić et le fantôme de l’ancien leader nationaliste serbe Slobodan Milosević.

Le spectre de la guerre plane à nouveau sur la Bosnie

Jamais depuis sa création, en 1995, la Bosnie-Herzégovine n’a été aussi proche de l’éclatement, après la récente menace de sécession faite par le chef de la présidence tournante, le serbe Milorad Dodik. Une stratégie qui vise à réaliser les objectifs des nationalistes serbes pendant la guerre de Bosnie, met en garde depuis Sarajevo l’écrivain bosniaque Faruk Šehić.

Publié le 26 novembre 2021 à 17:32
Corax  | Milorad Dodik (au centre), le président serbe Alexandre Vucić et le fantôme de l’ancien leader nationaliste serbe Slobodan Milosević.

La situation actuelle en Bosnie rappelle les événements du début des années 1990, juste avant la guerre. Les parallèles avec cette époque de tourmente politique, de pseudo-politiciens, de peurs et d’espoirs collectifs sont pleinement justifiés.

Le mur de Berlin a été abattu, mais ses briques nous sont tombées sur le dos. La Yougoslavie a disparu dans un démantèlement sanglant.

Ce qui suscite aujourd’hui le chaos, ce sont les menaces de sécession d’une partie de la Bosnie-Herzégovine nommée la République serbe de Bosnie (RS). Cette entité, née formellement avec les accords de Dayton de 1995, représentait à l’époque le territoire ethniquement purifié sous le contrôle des forces serbes.


Notre série "L’Archipel Yougoslavie 30 ans après son éclatement"
  1. Kosovo : Le pays de “bolji život” – la vie meilleure
  2. Pendant la guerre, sur les lieux du crime, “j’ai vu le pire visage du genre humain” (Serbie)
  3. Cette horloge de l’apocalypse que je porte en moi depuis la guerre (Bosnie-Herzégovine)
  4. Nous avions rêvé de démocratie, nous nous sommes réveillés avec le capitalisme (Slovénie)

Radovan Karadžić, leader de cette entité insurgée de la Bosnie-Herzégovine pendant la guerre, avait bâti sa politique sur l’islamophobie, et sur le mythe de la menace que les Bosniaques musulmans feraient peser sur le peuple serbe. Les Serbes étaient à peu près aussi menacés par les musulmans que les Allemands par les Juifs dans les années 1930. 

Le dirigeant actuel des Serbes de Bosnie ne fait pas autre chose, il réalise les objectifs de guerre de Karadžić par des moyens politiques. Cerise sur le gâteau, son islamophobie lui assure un soutien conséquent de la part des leaders et partis antilibéraux européens.


Depuis la fin officielle de la guerre (car la guerre a juste été interrompue, elle n’est pas finie), jamais il n’a régné une telle psychose, une telle peur qu’une nouvelle guerre se déclenche


Rares sont en effet ceux qui accordent de l’attention aux invectives quotidiennes de Milorad Dodik, et aux mensonges éhontés dont il inonde l’espace médiatique. Certains analystes tentent de justifier cette crise politique par le cliché selon lequel les hommes politiques emploient une rhétorique belliqueuse dans des buts électoralistes, afin de détourner l’attention de leurs propres méfaits. Mais la propagande guerrière est ce qu’elle est, elle n’a pas de signification cachée.

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Milorad Dodik pense vraiment ce qu’il dit. Ses mots sont explosifs, et ses allocutions ont depuis longtemps franchi la ligne rouge ; les gens sont habitués à ses tirades ultranationalistes.

Et c’est précisément ce que veut Dodik. Il veut que les citoyens de Bosnie-Herzégovine et les partis pro-bosniens se lassent de tout ce cirque, et commencent à contrecœur à accepter une nouvelle réalité. Dans cette nouvelle réalité, la République serbe de Bosnie serait rattachée à la Serbie, ce que Milorad Dodik sait irréalisable par des voies pacifiques.

Ce pourquoi il adopte la tactique de la grenouille dans le chaudron, cette fable selon laquelle si l’on plonge une grenouille dans de l’eau froide et que l’on porte très progressivement la température à ébullition, la grenouille finit ébouillantée sans s’en rendre compte. C’est nous qui sommes dans le chaudron, nous les citoyens de Bosnie-Herzégovine, et l’Etat de Bosnie-Herzégovine lui-même.

Si l’Assemblée nationale de la République serbe de Bosnie vote le retrait des Forces armées de Bosnie-Herzégovine, de l…

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