Dans la peau d’un eurodéputé

Brian Wheeler, journaliste de la BBC a passé plusieurs semaines dans les couloirs du Parlement européen et a tenu son journal de bord sur Internet. Un drôle de voyage dans un univers très feutré.

Publié le 17 mai 2009 à 15:45

« Rejoignez-moi pendant que je sirote du champagne millésimé, dîne dans les meilleurs restaurants, m’embarque sur des missions d’enquêtes inutiles dans des endroits exotiques… tout cela à vos frais. »

Pour un Britannique, l’Europe et son Parlement sont l’objet de tous les fantasmes. Brian Wheeler, le correspondant de la BBC à Westminster, a donc décidé de se rendre à Strasbourg pour comprendre comment fonctionne la démocratie communautaire. Son blog s’adresse avant tout aux électeurs de sa Majesté, peu nombreux à connaître le nom des eurodéputés qu’ils vont élire le 4 juin (ils votent toujours le jeudi). Direction donc les bords du Rhin, dans la deuxième capitale de l’Europe, pour chercher à s’éclairer sur trois questions clés. Qui sont ces parlementaires d’un nouveau type ? Que font-ils de leurs journées ? Et surtout : combien gagnent-ils, et quelles sommes astronomiques se font-ils rembourser pour leur soi-disant besoins vitaux tels que les hôtels, la nourriture, et bien sûr, le champagne millésimé ?

Ce qui suit s’inscrit dans la tradition de ces humoristes anglais tel Stephen Clarke qui s’aventurent sur le Vieux Continent pour découvrir à leur grand étonnement qu’ailleurs les choses se passent autrement que chez eux. Habitué à assister aux débats de la bruyante Chambre de Communes, dans laquelle les députés travaillistes et conservateurs se hurlent dessus en veillant toujours à respecter les usages de la politesse, Brian Wheeler est frappé par les douces mœurs du Parlement de Strasbourg. Là, les 785 eurodéputés, qui n’ont droit qu’à une minute de temps de parole, s’expriment dans un silence attentif sur des questions aussi variées que la situation à Gaza, les pesticides cancérigènes ou le mauvais traitement infligé aux interprètes hongrois. « A Strasbourg, tout tourne autour des compromis, » constate le reporter. « A Westminster, c’est un gros mot. »

Le journaliste euroréticent rencontre des eurodéputés britanniques – Labour et Tories naturellement, mais aussi des Verts ou des nationalistes gallois, ces deux derniers faisant partie du même groupe, l’Alliance libre européenne « pour des raisons pas trés évidentes ». Tous font cause commune autour d’une seule plainte – devoir déménager chaque mois leurs bureau, secrétariat et interprètes de Bruxelles à Strasbourg, et faire l’inverse une semaine plus tard. Sans surprise pour Wheeler (« il se montreront sous leur meilleur jour… Je ne vais pas découvrir de grands scandales »), les parlementaires font profil bas sur la question sensible des fameux 287 euros qu’ils touchent chaque jour en guise de défraiments. Tous sont d’accord pour reconnaître qu’en cette période de vaches maigres, ce système devrait être plus transparent.

Plutôt fiers de leur contribution à la vie politique de l’Union, les eurodéputés soulignent que la plupart des lois présentées dans nos Parlements nationaux ont déjà fait un tour ici. Le journaliste, lui, lors d’une journée de vote, est étourdi par la vitesse avec laquelle une résolution après l’autre clignote sur un énorme panneau électronique « comme un jeu de bingo géant. » « Du théâtre, » lache un eurodéputé conservateur. Le vrai pouvoir, conclut Wheeler, semble être entre les mains des rapporteurs bruxellois. Pour les membres d’UKIP, le parti europhobe qui a récolté neuf sièges lors des dernières élections en 2004, il s’agit même d’une farce. Wheeler nous décrit à quel point ces derniers bien capables de mettre en scène des scénarios digne des Monty Pythons : le 1 janvier 2009, jour du dixième anniversaire du lancement de l’euro, le Parlement a souhaité jouer « l’Hymne à la joie » dans l’hémicycle. Voulant jouer les trouble fêtes, ces nationalistes anglais plus royalistes que la reine, ont répliqué en entonant ce grand éloge de l’aristocratie qu’est … La Marseillaise.

Brian Wheeler quitte Strasbourg, toujours aussi perplexe face à cet univers feutré de cet immeuble où « l’on se sent comme sur le plateau d’un film de science fiction des années 60 ». Dans ce labyrinthe de verre, il trouve une métaphore du projet européen même : « On voit où on veut aller, mais il vous faut un moment avant de savoir comment y arriver. » Mais après dix jours de dépaysement, il admet avoir failli qualifier l’Hymne à la Joie d’hymne national…

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